Les IDE : instrument de mesure pour reconnaître un pays impérialiste.

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Le monde qui occupe notre imaginaire est un assemblage de pays découpé en frontières politiques. Cette vision nous présente un monde complètement faussé . Et ce même si nous prenons des représentations géographiques plus réalistes sur la taille des continents. Toutes ces cartes ne nous montrent pas le vrai visage du  monde : celui d'une minorité d'États, représentants une minorité de la population mondiale, qui domine via divers instruments les autres États et nations. Ce phénomène se nomme l'impérialisme (ici la définition) et c'est le stade suprême du capitalisme.


Comment reconnaître un État impérialiste et son degré de domination ? Nous pouvons dire que la puissance militaire est importante, mais le paramètre central ce sont les IDE, les Investissements Direct à l'Étranger. Nous vous présentons un rapide texte d'introduction sur cela. Nous y reviendrons plus amplement dans de prochaines publications. Les IDE sont les mouvements de capitaux qui représentent l'implication des entreprises d'un État dans l'économie d'un pays tiers. Avec les flux d'IDE nous pouvons voir quel État en domine un autre, voir même un continent entier. Un pays dominé aura des flux entrants d'IDE bien plus importants que ses propres IDE sortants. Au contraire, un pays impérialiste aura des flux d'IDE sortants supérieurs en général aux flux entrants, même si ces derniers peuvent être très importants.
 


Au centre du monde impérialiste les États-Unis d'Amérique. Avec cette particularité d'être une destination et un investisseurs central au niveau des IDE. La puissance de l'économie US, avec comme pilier le dollar, fait que les USA absorbent des quantités phénoménales de la richesse produite dans le monde. Le déclin de l'impérialisme US est donc tout relatif. Si nous couplons cela avec sa fabuleuse puissance militaire (43% des investissements mondiaux) et son système d'alliance
(l'OTAN), nous pouvons dire que les USA sont l'unique hyperpuissance hégémonique dominant le monde. Au vu de cette carte, nous pourrions dire que les USA sont rachetés par l'Asie de l'Est, mais il n'en est rien : un État comme la Chine est ultra-dépendant de ses exportations, mais aussi des flux entrants d'IDE, qui lui permettent de maintenir son appareil industriel à flot.

Le cœur de l'impérialisme est représenté par les USA et l'UE, avec 80% des émissions d'IDE ! C'est le cœur du monstre impérialiste, la sangsue des peuples et nations du monde, le faiseur de guerre. Sur cette carte nous pouvons apercevoir le paradoxe russe, qui n'est reconnu comme une grande puissance que de par ses capacités nucléaires à même de vitrifier les USA.
 


Avec la crise économique de 2007, qui nous a fait basculer dans la phase  aiguë de la crise du système impérialiste, nous voyons que les USA ont rapatrié massivement leurs capitaux vers chez eux. Provoquant et aggravant la crise partout sur la planète, et principalement chez les économies les plus dominées.

Si nous regardons le classement des principaux exportateurs d'IDE en 2015, nous voyons en milliards de dollars : 1er les USA (300), 2e Japon (128), 3e Chine (127), 4e Pays-bas (113), 5e Irlande (101), 6e Allemagne (94), 7e Îles Vierges britanniques (76), 8e suisse (70) , 9e Canada (67), 10e Hong Kong (55). Au niveau des pays importateurs, nous avons en milliards de dollars : 1er USA (385), 2e Royaume Unis (179), 3e Chine (139), 4e Hong Kong (92), 5e Singapour (50), 6e Brésil (50), 7e France (46) ,8e Pays bas (46), 9e Australie (44), 10e Inde (42).

Alors certes, cela nous conduit à observer un premier phénomène qui est que les pays les plus investisseurs, à commencer par les USA, sont aussi ceux qui reçoivent le plus d'investissements, ce qui s'explique par les dimensions de leurs appareils productifs, qui ont besoin de ces investissements et qui d'autre part attirent les investisseurs par les juteux bénéfices qu'ils leur promettent. Mais c'est surtout les ramifications des entreprises US, les fameuses multinationales qui fondent la toute puissance des USA sur le monde.  Les sommes classées ici sont des sommes absolues, pas rapportées au PIB du pays par exemple ; par conséquent, pour voir un pays dominé apparaître dans la liste, il faut qu'il ait un appareil productif justifiant une grosse masse d'investissement - ainsi le Brésil et l'Inde, que l'on voit apparaître. Le Burkina Faso (20 millions de travailleurs et travailleuses) ne risque pas d'apparaître dans les 10 premiers, ni même sans doute dans les 50 premiers pays importateurs de capitaux en masse absolue. Mais ce qui est certain, c'est que si il reçoit X d'IDE, il en exporte (investit à l'étranger) infiniment moins, voire presque rien ; ce qui signe son caractère d'économie dépendante et dominée.

D'autre part, se pose la question de ces pays comme l'Irlande... ou les Îles Vierges (28 000 habitants !) que l'on voit apparaître dans la liste des 10 premiers investisseurs à l'étranger.

En fait, plusieurs pays ont été utilisés à travers le monde, par les États impérialistes, sous la pression des grandes entreprises monopolistes pour ne pas à avoir à payer d' impôts de leurs propres États : c'est ce que nous appelons les paradis fiscaux. L'hypocrisie sans borne de la bourgeoisie nous fait croire qu'elle veut les combattre, alors qu'elle les a créés de toute pièce... À l'ère de l'impérialisme, le capitalisme (l'économie)  a absorbé l'État (le politique), le soumettant totalement.
Ces paradis fiscaux servent aussi au blanchiement de l'argent issu des trafics illégaux comme la drogue, les armes etc. Les Îles Vierges britanniques sont par exemple un paradis fiscal, c'est à dire qu'elles ne sont pas indépendantes : ce territoire existe seulement pour éviter que les entreprises payent des impôts. Une partie des IDE sortants britanniques, US, français (etc.) sortent donc officiellement de cet archipel, et se retrouvent dans ces chiffres.  Hong Kong,  Singapour, l'Irlande et même les Pays Bas (bien qu'ayant leurs propres entreprises, assez costaudes, qui investissent) sont aussi des paradis fiscaux. Tous ces pays sont soit politiquement des semi-colonies, soit ont des politiques largement vassalisées à d'autres puissances : les Pays-Bas viennent ainsi d'accepter l'intégration de leur seule brigade blindée dans l'armée allemande.

Le Royaume Uni est une plaque tournante mondiale d'IDE via sa puissante City, seconde place boursière mondiale. Cette situation risque de changer un peu avec le Brexit. Mais il reste en 2015 le second importateur mondial d'IDE. Il reste dépendant des USA via notamment son arsenal nucléaire de conception états-unienne. Le Japon est lui aussi une puissance impérialiste, mais avec des restrictions : il est enchainé aux USA via le traité d'alliance signé après sa défaite en 1945, et via l'imposition de restrictions dans le domaine des opérations militaires extérieures.

Aujourd'hui, les pays de l'OCDE captent la majorité des IDE mondiaux. Les politiques impérialistes font que non seulement les pays peu développés n'ont pas provoqué la crise ; mais en plus ils la payent double tarif avec une baisse drastique (-20%) des IDE entrants. Les fluctuations capitalistes chaotiques sont la norme de l'impérialisme. Les États impérialistes, parmi lesquels la France est en pointe, sont en train d'organiser un nouveau découpage néocolonial du monde. Les guerres au Proche/Moyen Orient en sont un exemple.

Pour donner un classement des pays impérialistes, nous dirions en premier, en position hégémonique, les USA ; en second la Chine et la Russie. La Chine par son immense population et sa puissance industrielle, mais avec une faiblesse structurelle importante (appareil productif très vieux et peu concurrentiel, besoin énorme de capitaux étrangers). La Russie, l'homme malade, avec un PIB du niveau de l'Italie mais un arsenal militaire si puissant qu'elle reste le principal concurrent à l'hégémonie mondiale US. Puis les autres puissances : Japon, France, Italie, Espagne, Pays Bas, Royaume Uni, Allemagne etc. Avec une mention spéciale pour l'Allemagne qui est en train de mettre en place une politique d'hégémonie  en Europe, dans l'idée de redevenir une grande puissance voire LA grande puissance du continent, en regardant principalement vers l'Europe de l'Est perdue par la Russie depuis la Chute du Mur (1989) puis de l'URSS (1991), ou du Sud-Est (Grèce). 
 
Les IDE sont un indicateur mais l'impérialisme a d'autres formes comme par exemple la captation des "cerveaux" des pays dominées, via les brevets etc. Nous y reviendrons.

Ces États sont en lutte constante entre eux. Des luttes qui peuvent mener à une Troisième Guerre mondiale tant la crise du capitalisme va s'approfondir dans les décennies à venir.

Les pays dominées, semi-colonisés, représentent 80% de l'humanité. L'augmentation de la misère et de la violence provoque une croissance de l'agitation révolutionnaire partout dans le monde. L'impérialisme, par sa politique de dévastation, crée les conditions de sa propre fin.

 
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