Chauffage électrique et monopole nucléaire, le grand gaspillage

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Aujourd'hui, le chauffage électrique est le deuxième mode de chauffage le plus utilisé dans l'état français, derrière le gaz naturel. C'est un mode de chauffage qui a été vendu et revendu sous pas mal d'arguments commerciaux, comme son côté « vert » (pas d'émissions de CO2) ou encore son rendement (0% de pertes).

Cependant, ces arguments sont ce qu'ils sont : des arguments commerciaux. Regardons de plus près ce qui se cache derrière le chauffage électrique.

 

Le rendement

 

Afin de comprendre pourquoi le chauffage électrique nous est vendu comme ayant « 0% de pertes », « 100% de rendement », etc, nous devons comprendre ce qu'est le concept de rendement en physique. C'est une grandeur qui caractérise l'efficacité d'une transformation, le plus souvent la conversion d'une forme d'énergie à une autre (dans le cas de notre chauffage la transformation d'électricité en chaleur), elle se situe entre 0 et 1, 1 signifiant que 100% de l'énergie est transformée et 0% signifiant que rien n'est transformé. 1 est un système idéal ; en réalité il y aura toujours des pertes sous forme de chaleur : vous allumez une ampoule, une partie de l'électricité se transforme en lumière, une autre partie est perdue sous forme de chaleur du fait de la résistance que rencontre l'électricité en passant dans le filament ; vous faites du sport, une partie de l'énergie stockée dans votre corps se transforme en énergie mécanique, une autre partie se perd sous forme encore une fois de chaleur (c'est pour ça que bouger donne chaud) ; une voiture roule, le moteur transforme une partie de l'énergie en énergie mécanique et une autre partie est perdue sous forme de chaleur, etc. Il y aura toujours des pertes sous forme de chaleur, c'est un fait de nature, aucun système n'est parfait. Dans ces conditions, un physicien pourrait dire que notre chauffage électrique à un rendement de 0% ! En effet, il transforme toute l'énergie qu'il reçoit en chaleur, c'est à dire en pertes ! Évidemment, la chaleur étant l'effet recherché, parler de pertes dans ce cas est abusif. Après tout, les pertes en chaleur peuvent être utilisées dans certains cas : la chaleur produite par le moteur peut permettre de chauffer la voiture l'hiver, et un bûcheron vous dira que le bois chauffe deux fois : une première fois quand on le coupe (l'activité physique donne chaud) et une deuxième fois quand on le brûle.

Nous donnerons donc crédit a l'argument commercial : en effet, le chauffage électrique à un rendement de 1.

 

Cependant, il est nécessaire de noter que le chauffage électrique consiste à transformer de l'électricité, une énergie « noble », difficile a produire et transporter, en l'énergie la plus facile à produire, la chaleur !

 

Il reste cependant une faille dans l'argument commercial : il ne concerne que la transformation de l'électricité en chaleur, et ignore donc tout le processus de production de ladite électricité !

Penchons nous donc sur cette production d'électricité, et cherchons à quoi va ressembler le rendement réel du chauffage électrique, sur toute la chaîne de production.

 

La production d'électricité

 

Dans l'état français, le nucléaire représente 77% de la production d'électricité. Nous allons donc supposer que l'électricité utilisée dans notre chauffage provient d'une centrale nucléaire.

 

La production d'électricité commence avec l'extraction de l'uranium. Dans l'état français, les mines ont été fermées, et la majorité de l'uranium vient du Niger. Exploité dans des mines a ciel ouvert, son extraction ne bénéficie pas aux populations locales, victimes du néocolonialisme et de l'impérialisme de la françafrique. Après son extraction il subit ses premières transformation et est transformé en une pâte jaune appelé le yellow cake. 1 000 t de minerai donnent de 1,5 à 10 t de yellow cake, contenant 75 % d'uranium, il sera ensuite raffiné pour ne contenir que de l'uranium pur. Afin que l'uranium soit extrait en premier lieu, des manœuvres politiques et militaires dans le cadre de la françafrique doivent être réalisées, comme des guerres, de la corruption, des coups d'état, etc. C'est une des causes réelles des conflits au Mali, au Tchad ou en Centrafrique. Il est évident que son extraction ainsi que les manœuvres nécessaires n'auront pas le rendement le plus élevé.

 

Son extraction est suivie du transport. Le minerai est transporté par bateau jusqu'au Havre ou à Sète. Il est ensuite enrichi : il faut savoir que l'uranium sous forme naturelle contient 0,7% d'uranium 235, le reste étant de l'uranium 238. Seul le 235 étant fissile, il faut enrichir l'uranium pour que sa part d'uranium 235 corresponde à 3 à 5% du minerai et qu'il soit utilisable dans les centrales.

L'uranium est ensuite transformé en pastilles de 7 grammes et d'un cm de long, enfilées dans des tubes de métal de 4m de long appelés les crayons. Ceux sont eux qui seront placés dans le réacteur, et qui y resterons pendant 4 à 5 ans, ils seront ensuite placés dans une piscine de refroidissement pendant 3 ans le temps de perdre une partie de leur radioactivité et retraités. 96% du combustible sera enrichi pour pour être réutilisé, le reste constitue les déchets ultimes.

 

La fission nucléaire qui a lieu dans le réacteur produit de la chaleur. Cette chaleur va chauffer de l'eau sous pression dans un premier circuit, cette eau à 320°C va chauffer l'eau d'un deuxième circuit, qui elle va se transformer en vapeur. Cette vapeur va faire tourner une turbine, qui va entraîner un alternateur et produire de l'électricité.

 

L'électricité va passer dans un transformateur qui va augmenter sa tension et réduire son intensité (afin de réduire les pertes dans le transport) et envoyée sur les lignes à très haute tension. A chaque changement de type de ligne (très haute, haute, moyenne, basse tension), l'électricité doit passer par un transformateur. Il y a des pertes sur les lignes (du fait de la résistance du matériau conducteur – même les matériaux conducteurs les moins résistants auront quand même une certaine résistance) et des pertes lors de la transformation.

 

Une fois passée par les lignes, l'électricité va arriver chez le consommateur.

 

Énergie primaire contre énergie finale

 

L'énergie « potentielle » contenue dans les ressources naturelles est appelée « énergie primaire »

 

L'énergie utilisée par le consommateur, après la transformation des ressources en électricité et le transport de celle-ci est appelée « énergie finale»

 

Pour l'électricité, 1 kWh (kilowatt/heure) en énergie finale équivaut à 2,58 kWh en énergie primaire. Ce taux à été calculé en prenant en compte le rendement moyen de production d’électricité dans les centrales de France, qui est de 43,5% ainsi que les pertes lors de la distribution qui sont de 5% (3% sur les lignes à haute tension, jusqu'à 10% sur les lignes à basse tension, plus les pertes dans les transformateurs). On a donc un rendement de production et de transport d’électricité de 38,5%, d’où le coefficient 2,58. Ce chiffre comprend la production nucléaire mais aussi les autres types de centrales. C'est cependant le chiffre issu d'un réseau majoritairement nucléaire

Ce chiffre, utilisé dans la décision des normes telles que les RT, ne contient pas les efforts nécessaires a l'acquisition de l'énergie primaire par le biais des manœuvres de l'impérialisme.

 

Notre chauffage électrique à donc un rendement de 38,5%. Comme dit plus haut, ce procédé est la transformation de l’électricité en chaleur. Cependant, on aura noté que la production d'électricité dans une centrale nucléaire équivaut à transformer de la chaleur en électricité ! Toutes les pertes lors de la production d'électricité et de son transport, vu sous cet angle-là, sont donc des pertes inutiles, et il est absolument évident qu'utiliser le combustible directement dans l'habitat pour se chauffer aura un rendement bien plus élevé. Cela peut se vérifier dans les coûts : le chauffage électrique est l'un des plus chers, et son coût augmente avec l'augmentation constante des prix de l'électricité ces années, dû au vieillissement du parc nucléaire (augmentant le coût d'entretien des centrales). 

 Pourquoi d'autres sources d'energie sont ils si peu présents ?

La réponse se trouve dans le système économique. Le nucléaire est un des monopoles les plus importants, en particulier dans l'état français. Intimement lié à l'état, il fait passer ses intérêts avant tout. C'est ainsi que le lobby du nucléaire, avec la création de l'association « Équilibre des énergies » a lutté contre de nombreuses disposition des normes RT 2012, notamment des dispositions tenant compte de la différence entre énergie primaire et finale ou relatives a l'interdiction du chauffage électrique dans les maisons Basse Consommation.

Équilibre des énergies est parvenue à mettre de son côté l'union sociale pour l'habitat (fédération des offices HLM), une manœuvre révoltante quand on connaît les problèmes de factures et d'impayés dans les logements sociaux !

Le nucléaire correspondant à 77% de la production électrique dans l'état français, son monopole, très puissant, défend un marché extrêmement important qu'est le chauffage. (les deux tiers de la consommation d'énergie dans le logement et le tertiaire sont utilisés dans la production de chaleur : chauffage, eau chaude, cuisson)

Les monopoles pétroliers et gaziers ne sont pas de reste, ce sont également des monopoles très puissants qui ont intérêt à défendre leur marché.

Nous proposerons dans un prochain article des solutions à ce problème.