Le point sur la situation en Catalonha Featured

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Le lundi 23 septembre, la Catalogne se réveille en état de choc. Depuis 5 h du matin, 500 agents de la Guardia Civil multiplient les perquisitions chez plusieurs membres des CDR (Comités de défense de la République catalane), les accusant de préparer des attentats terroristes.

Portes défoncées, familles entières, dont les enfants, couchés au sol sous la menace des armes des agents des forces de sécurité espagnoles, le tout la protection des mossos d'esquadra, la police autonome catalane. Toutes les scènes sont filmées et diffusées en boucle sur les chaînes de télé espagnoles. 9 personnes sont arrêtées et menées au cuartel de la Guardia Civil a Barcelone, d'où 7 des 9 détenues sont envoyées à l'Audiencia Nacional (le tribunal central) à Madrid, avec les charges de sédition, terrorisme et possession d'explosifs. Rappelons que le mouvement indépendantiste catalan se caracterise justement par l'action non violente, attitude qui délégitimise la répression violente de l'État, et qui explique la nécessité pour Madrid de générer un discours de terrorisme pour justifier le recours à des méthodes antidémocratiques. 

Les avocats du groupe Alerta Solidària, spécialisés dans la défense des militants, principalement des mouvements sociaux, sont désignés par les familles des détenus pour défendre ces derniers. Cependant, 24 heures après les détentions, les avocats font savoir qu'ils n'ont toujours aucun contact avec leurs clients. 2 des 7 détenus, à forces de pressions, se voient désigner, contre la volonté de leurs proches, 2 avocats commis d'office. Ces 2 militants auraient fini par avouer, après des heures d'interrogatoire, préparer des actes terroristes, sans que personne ne sache comment auraient été obtenus ces "aveux". 

Jeudi 26 septembre, à la demande du procureur, les 7 détenus sont placés en prison préventive sans condition pour terrorisme, alors que les charges pour sédition et pour possession d'explosifs sont abandonnées. 

Ces détentions arbitraires interviennent comme une mise en garde de l'Etat dans un contexte d'agitation croissante en Catalogne avec la proclamation imminente du verdict dans le "procès" contre le référendum d'autodétermination du 1e octobre 2017. Désormais ce sont 16 prisonniers politiques catalans qui dorment dans les geôles espagnoles, auxquels il faut ajouter 9 exilés politiques, réfugiés en Écosse, en Belgique et en Suisse.


Cette semaine pourrait être un moment cruciale dans le conflit qui oppose la Catalogne et l'Espagne. En effet, le verdict du procès contre le référendum d'autodétermination est attendu vraisemblablement pour le vendredi 11 octobre, veille de la fête de "l'hispanité", que les Catalans se sont toujours refusés à célébrer.

 

Quelles sont les clés pour comprendre ce qui se joue ?

 

1. Une monarchie post-franquiste - La transition démocratique de l'Etat espagnol n'a jamais eu lieu. La Constitution de 1978 est née d'un compromis entre l'armée, l'Eglise et les démocrates, ce qui explique par exemple que l'armée soit garante de l'unité territoriale de l'Espagne. Franco mort dans son lit et ayant lui-même désigné le roi Juan Carlos comme son successeur, la loi d'amnistie est venue parfaire le "nouveau" régime : une peinture de façade sur une double tradition dictatoriale et monarchique, sans aucune séparation des pouvoirs.

 

2. Les élections générales du 10 novembre prochain - Le socialiste Pedro Sanchez n'ayant réussi à obtenir une majorité pour former un gouvernement, les Espagnols sont de nouveau appelés aux urnes dans un mois. Alors que la crise sociale, économique et climatique fait rage, c'est bien la Catalogne qui sera le seul thème de la campagne électorale, cette Catalogne coupable de tous les maux de l'Espagne, dans un affrontement sans limite entre le PSOE, Ciutadanos, le Partido Popular et Vox pour savoir lequel proposera la répression la plus virulente et la plus violente.

 

3. Un 155 qui ne dit pas son nom - L'article 155 de la constitution espagnole permet de suspendre l'autonomie d'une communauté autonome dans le cas où celle-ci ne respecterait pas la dite constitution. Il fut déjà appliqué à l'automne 2017, après la soi-disant déclaration d'indépendance (non publiée au journal officiel) du 27 octobre. Cependant, l'attitude tant des chaînes de télévision catalanes comme celle des motos d'esquadra et de la Généralité (gouvernement autonome catalan) laisse clairement penser que l'intervention centrale sur l'autonomie catalane se poursuit à couvert, de même que le demande du gouvernement provisoire de Madrid d'interdire tout débat au parlement de Barcelone sur la monarchie ou l'autodétermination.

 

4. Sur le terrain : des provocations et une répression constante - Le principal problème  de l'Etat espagnol est qu'il a à faire à un mouvement farouchement non violent. Afin de pouvoir justifier une stratégie répressive violente, tant devant l'opinion publique que ses voisins européens, Madrid se doit donc de générer un récit d'un mouvement indépendantiste violent. C'est dans ce cadre qu'il faut situer les détentions des 7 membres des CDR le 23 septembre dernier. Les accuser de terrorisme permet de justifier l'application de la loi anti-terroriste, qui signifie une suspension des droits et libertés fondamentales et de la démocratie au nom de la raison d'Etat. Et établir un lien éventuel entre Carles Puidemont, le président catalan exilé à Bruxelles, et les CDR, permettrait à l'Etat espagnol de publier un nouvel ordre européen de détention, basé non plus sur les accusations de sédition et rébellion, rejetées par la justice belge, mais sur une accusation de terrorisme. De plus, générer un tel discours permettrait également à Madrid d'illégaliser l'ensemble des partis politiques et associations indépendantistes. C'est également à cette seule fin d'engendrer une réaction violente que la Guardia Civil et l'armée ne cessent de provoquer la population par des déplacements incessants, s'affichant dans les espaces publiques, parfois en armes.

Le verdict du procès politique contre le référendum s'annonce dans ce contexte comme un possible point de rupture, plusieurs mouvements ayant déjà averti de l'organisation d'actions (non violentes) dans le cas, probable, où la sentence serait condamnatoire.