Les occitans doivent soutenir le peuple kurde. Featured

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A cheval sur plusieurs états, le peuple kurde lutte depuis plusieurs décennies avec véhémence pour ses droits inaliénables. Tout comme l'Occitània, le Kurdistan est une nation sans état, avec un peuple victime de négation envers sa langue, sa culture, son histoire.

Il est de notre habitude, en tant qu'occitan-e-s, de soutenir les nations non-reconnus de l'état français, mais nous devons également soutenir les nations non-reconnus dans le monde et donc les peuples qui luttent pour leurs autodéterminations.


Aujourd'hui, le peuple kurde est victime d'une énième offensive militaire turque avec un "laissez-passer" des USA. Revenons sur les faits.



Rojava : le vrai visage de Trump.

Il y a quelques jours, Donald Trump a annoncé le retrait des forces armées américaines de la
frontière syrienne. Depuis 2014, les Etats-Unis interviennent militairement sur le sol syrien dans le cadre de la lutte contre l'Etat Islamique. Daesh vaincu, leur présence sur le sol syrien servait, entre autres, à éviter un regain de violence de la part des Turcs et de leurs velléités contre le Rojava, région kurde du Nord de la Syrie.
En effet, Erdogan, pour justifier sa politique d'éradication et d'effacement des minorités Kurdes notamment, accuse les Unités de protection du peuple (YPG) et les Unités de protection de la femme (YPJ, unités uniquement féminines) d'être proches du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), considéré par la plupart des Etats comme terroriste, sur demande de la Turquie.
Depuis longtemps maintenant, le régime turc se cache derrière une question sécuritaire pour bombarder aveuglément les montagnes irakiennes, le Kurdistan turc et le Kurdistan syrien dans l'objectif d'éliminer les Kurdes. Cette énième trahison américaine, si elle n'est pas une surprise, pose des problèmes majeurs à venir.



En effet, le premier et principal problème, c'est le massacre que risquent les populations Kurdes de Syrie, ainsi que les autres minorités (assyriennes, yézidies, ...), livrées à la haine de l'armée turque. Le PYD (branche politique des YPG et des YPJ) a d'ores et déjà annoncé sa volonté de résister, par la lutte armée, à l'invasion turque, amenant encore et toujours plus de sang à un conflit qui en a déjà beaucoup fait couler. Les risques de remplacement de populations, de massacres, de pillages, comme nous l'avons vu à Afrin, menacent le peu de stabilité que la région avait réussi à conquérir.

Le second problème, qui gênera probablement bien plus les puissances occidentales, c'est la question des prisonniers de Daesh. Particulièrement nombreux dans la région, résultats de l'efficacité des Forces Démocratiques Syriennes (coalition arabo-kurdes anti-Daesh), les camps de prisonniers sont déjà surchargés. De nombreux et fréquents affrontements témoignent encore de l'hostilité qui continue d'animer les prisonniers. Une offensive turque mobiliserait les forces kurdes, et donc diminuerait la surveillance de ces camps, donnant plus d'opportunités aux prisonniers de s'échapper afin de redonner un nouveau souffle à Daesh dans la région.
En effet, une dynamique semble reprendre chez Daesh, qui a lancé plusieurs offensives récemment. Pire encore, si la Turquie venait à prendre ces camps de prisonniers, rien ne dit qu'ils ne procéderont pas à des libérations massives afin d'enrichir leur armée de mercenaires qui occupe déjà Afrin, et qui obéit au doigt et à l'oeil à Erdogan. Rien n'empêche non plus certains de ces prisonniers de venir agir en Europe : si la Guerre à venir au Rojava n'émeut pas les foules, celle que la Turquie s'apprête à amener en Occident finira de convaincre la population de la menace que représente la Turquie.

Les Kurdes ne sont pas naïfs, dans une interview Saleh Muslim (ancien porte parle du PYD) affirmait qu'il s'attendait tôt ou tard à ce moment. Il n'empêche que la situation paraît profondément injuste et déborde d'impérialisme. En effet, Trump a justifié ce retrait car les intérêts américains ne justifiaient pas la présence en Syrie. Etant donné la présence des Trump Towers à Istanbul, il y a fort à parier que Trump lui-même ait des intérêts à caresser la Turquie dans le sens du poil.
Après avoir mis en place un gouvernement pro-américain en Irak, qui est actuellement chancelant, le retrait des troupes américaines de la frontière syrienne démontre une nouvelle fois que Trump prend la région pour son terrain de jeu, affichant un mépris total pour la vie humaine.
Les autres puissances occidentales s’inquiètent également des conséquences de ce retrait.
Chaque gouvernement y va de son mot d'inquiétude, la France, l'ONU également.
Devant l'imminence du massacre de celles et ceux qui ont combattu Daesh, le camp impérialiste montre une nouvelle fois son vrai visage, celui d'Etats qui pensent à leurs intérêts économiques avant tout. Ne nous leurrons pas, les belles paroles d'Edouard Philippe qui prétend craindre pour les Kurdes témoignent avant tout de la crainte de voir revenir les djihadistes sur le territoire de l'Etat français : ceux que ce même Etat ne voulait surtout pas reprendre et comptait laisser à la justice kurde.
Les Kurdes se retrouvent désormais acculés à un terrible dilemme : combattre jusqu'à la fin l'invasion turque (avec une issue très probablement défavorable face à la deuxième armée de l'Otan) ou pactiser avec leur ancien bourreau : Bachar Al-Assad, contre qui les manifestations au début du Printemps syrien avaient été massives dans les zones kurdes.

Il n'y a et n'y aura jamais d'impérialisme à visage humain, encore une fois, nous nous apprêtons à sacrifier des milliers de vies humaines pour l'intérêt de quelques milliardaires.