Elections législatives en Irlande – La victoire historique du Sinn Fein

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Les résultats sont tombés, le Sinn Fein remporte le vote populaire avec 24,5% des premiers choix des électeurs et bouscule le monopole politique des deux partis de l’Establishement : Fine Gael et Fianna Fail.



Le Sinn Fein – Un parti pour l’indépendance

Fondé officiellement en tant que parti politique le 28 novembre 1905 par des nationalistes irlandais du Connradh na Gaeilge (Ligue gaélique), son fondateur, Arthur Griffith, déclara que l’Acte d’Union de la Grande-Bretagne et d’Irlande de 1800 était illégal.

Injustement assimilé par les Britanniques à l’Insurrection de Pâques 1916, ce n’est que lorsque Eamon de Valera (3èm président d’Irlande de 1959 à 1973) pris la tête du Sinn Fein en remplaçant Griffith que, le 25 octobre 1917, pour la première fois, le Sinn Fein se donna pour but au la création d’une République Irlandaise.

Les exécutions des dirigeants révolutionnaires et insurgé.es de l’Irish Fenian Brotherhood et du Parti Travailliste Irlandais par les Britanniques après l’Insurrection de 1916 permis au Sinn Fein de gagner la sympathie des Irlandais sans pour autant lui donner un avantage électoral. A la fin de la Première Guerre Mondiale, le gouvernement Britannique menace d’imposer la conscription en Irlande pour reconstituer les corps de fantassins de l’armée britannique tués durant l’offensive Allemande du printemps. Cette crise permet au Sinn Fein de remporter les élections législatives de 1918 (73 sièges sur 105), qui refuse alors de siéger à Westminster, fonde le Dáil na Eireann et proclame dans la foulée l’Indépendance de l’Irlande.

Le 6 décembre 1921, le traité « anglo-irlandais » est signé à Londres et crée l’Etat Libre d’Irlande, un état fantoche qui permet à la Couronne britannique de garder le contrôle de l’île. La ratification de ce traité est considérée comme une trahison, de Valera démissionne et prend la tête de l’opposition républicaine appuyé par une fraction importante du Sinn Fein et de l’IRA. La guerre civile éclate au lendemain des élections de juin 1922 où les pro-traité obtiennent la majorité. L’IRA multiplie les attaques contre ces derniers, et le 22 août 1922 Michael Collins (alors dirigeants du gouvernement provisoire) est assassiné. Le Dáil na Eireann élit William T. Cosgrave pour succéder à Griffith et rédige la Constitution de l’Etat Libre d’Irlande qui officialise sa création le 7 décembre 1922.

En 1969, l’Irish Republican Army se divise en deux organisations distinctes : l’Official IRA et la Provisional IRA. Le Sinn Fein, alors branche politique de l’IRA, se scinde également en deux partis suite à la scission de La Old IRA : L’Official Sinn Fein et le Provisional Sinn Fein (seul ce dernier gardera le nom de Sinn Fein). Plus tard, en 1986, le Sinn Fein abandonne ses manœuvres abstentionnistes et participe à la pacification du Nord de l’Irlande au travers des Accords du Vendredi Saint et progresse sur l’échiquier politique d’Ulster. Le Sinn Fein sera associé à la Provisional IRA jusqu’en 2005, date à laquelle elle déposa les armes.



Le Sinn Fein en 2020

Les élections législatives en Irlande furent anticipée à la demande de Leo Varadkar (Fine Gael), l’homologue irlandais de Boris Johnson, premier ministre conservateur Britannique, suite à la dissolution du Dail par le président Micheal D.Higgins. Cette dissolution s’inscrit dans la procédure de retrait du Royaume-Uni de l’Europe. L’annonce du Brexit constitue une réelle opportunité politique pour la réunification de l’île d’Irlande, et aujourd’hui, suite à la victoire du Sinn Fein au législative, la question n’est plus de savoir si un référendum pour la réunification de l’Irlande aura lieu, mais quand est-ce qu’il aura lieu.

Par la suite, on ne peut pas associer la victoire du Sinn Fein de McDonald uniquement aux seules aspirations indépendantistes et souverainistes du peuple irlandais mais également à plus d’une décennie de monopole de Fine Gael et Fianna Fail qui, par leurs politiques ultralibérales, ont accentué la crise des logements, l’augmentation du chômage, du prix des loyers et du coût de la vie et de la santé dans une Irlande déjà bien éprouvée par la crise de 2007-2010. En mettant au devant de la scène des projets de lois sociales comme le gel du prix des loyers et en mettant l’accent sur les problèmes dits « bread and butters » le Sinn Fein a insufflé de nouvelles revendications en assurant une continuité de son combat pour la réunification. En effet, la réunification de l’Irlande ne fut pas au centre des débats, les intentions premières du Sinn Fein de Mary Lou McDonald sont de pallier aux nombreuses crises sociales et économiques, notamment en matière de logement et de santé, que rencontre la République d’Irlande après l’ultralibéralisme du « Tigre Celtique » mené par les conservateurs et les libéraux,
Le parti était jusque là au pire moqué, au mieux peu considéré au sein de l'UE. Considéré comme parti microscopique et dangereux, il a su, à longueur de patience et de stratégie, se garantir une place légitime en République d’Irlande et aujourd’hui, une dizaine de jours après que le territoire occupé du Nord de l’Irlande ait quitté l’Union Européenne, le Sinn Fein de Mary Lou McDonald, héritière de Gerry Adams, remporte les élections législatives et devient la première force politique d'Irlande, ce qui représente une réelle opportunité pour la réunification. Ainsi un référendum serait envisagé par le Sinn Fein d’ici 2025.


Ce texte provient d'un de nos correpondants.