Charles Martel, bataille de Poitiers : déconstruction d'un mythe.

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Le personnage de Charles Martel est récurrent dans le mythe national français. En particulier à l'extrême droite, ce personnage est vu comme le « sauveur de la chrétienté » ou le « sauveur de la France », dans une logique de choc des civilisations.

Cependant, l'histoire du personnage fait partie des périodes de l'histoire les plus falsifiées et déformées par les mythes et les légendes.

 

L'histoire « officielle » du personnage est assez connue. Enseignée dans les écoles, elle conte que Charles Martel, Maire du Palais (le plus haut dignitaire après le roi, dans les faits le vrai maître du royaume à cette époque) de Neustrie et d'Austrasie, repoussa l'invasion arabe à la bataille de Poitiers, sauvant ainsi la France et la chrétienté.

 

En vérité, rien ne saurait être plus faux.

Pour commencer, la « France » n'existait pas à l'époque. L'État français tel qu'on le connaît aujourd'hui ne commencera son processus de formation que 500 ans après l'époque de Charles Martel. Il n'existe pas de roi de France, seulement un roi des Francs, un peuple germanique vivant entre la Flandre et la Rhénanie. (Dans le même registre, il n'existe pas de royaumes de « Francie Occidentale » et de « Francie Orientale » après la division de l'empire de Charlemagne, il s'agit de royaumes des Francs Occidentaux et des Francs Orientaux. Le titre de roi de France n'apparaîtra qu'en 1190.) après notre conquête.

 

De plus, l'armée andalouse vaincue par Charles Martel à Poitiers n'était en aucun cas une armée de conquête, mais simplement une armée de razzia. Tel fût le cas de toutes les expéditions militaires menée par les musulmans, et cela, avant et après la bataille de Poitiers. Cette bataille, non seulement ne fût ni la première ni la dernière défaite des armées andalouses (la bataille de Tolosa en 721, victoire du Duc d'Aquitaine, seigneur local à la différence de Charles Martel venu d'Austrasie, est bien souvent oubliée), de plus, elle est à peine notée dans l’historiographie musulmane de l'époque. Cette bataille ne marque absolument pas la défaite d'une conquête territoriale, ni même l'arrêt des razzias. En réalité, la seule importance que cette bataille eu, sur l'Histoire se fit par le biais de la propagande qu'en fit Charles Martel pour justifier ses actions.

 

Quand a son image de « sauveur de la chrétienté », elle est mise à mal par les actions de Charles Martel vis à vis de cette religion : en effet, afin de financer ses campagnes et d'alimenter son trésor, il n'hésitera pas à piller églises et monastères.

De plus, la géopolitique de cette région à cette époque ne suit absolument pas les lignes de « choc des civilisations » que l'extrême droite voudrait nous faire croire. En effets, le côté religieux n'était finalement que très peu présent dans les conflits locaux à cette époque. Le duc d'Aquitaine, Eudes, s'allia avec Munuza, le gouverneur musulman de Narbonne (contrôlant la Septimanie, correspondant approximativement au Bas Languedoc ou à l'ancienne région Languedoc-Roussillon), ce dernier étant lui même en conflit avec Abd al-Rahman, l'émir de Cordoue !

Charles Martel, quand à lui, se retrouva à plusieurs reprises en conflit avec le duc d'Aquitaine. Bien plus qu'une victoire religieuse, la bataille de Poitiers, ayant lieux sur les terres du duc, est une victoire permettant à Charles d'étendre son autorité sur les terres de son rival aquitain. Une première étape dans sa conquête des terres occitanes...

 

Charles Martel, le boucher de l'Occitanie

 

Après sa victoire à Poitiers, c'est en conquérant et pas du tout en libérateur que Charles Martel entre sur les terres occitanes. En effet, les Francs, conquérants germaniques venus du Nord, n'avaient que peu de considération pour le peuple qui allait devenir le peuple occitan. Celui-ci est trop romain, trop raffiné, et est traité d'homunculus (sous-homme) par le conquérant. Il a en effet bien conservé sa gallo-romanité, et là ou le conquérant franc est vu comme un barbare rustre et inculte, les musulmans, venus de la grande civilisation andalouse, en plein essor et qui est alors avec Byzance une des civilisations les plus avancées d'Europe, sont vus comme civilisés. Descendant vers la Méditerranée, le franc va chercher à conquérir la Septimanie. Cependant, ce dernier échouera dans ses plans de conquête et se verra vaincu à Narbonne à deux reprises. Lors de ses campagnes, il ravagera le pays et les villes de Nimes, Agde, Magalona, Besièrs et d'autres. Charles s'acharnera sur une population en majorité chrétienne qui lui est suspecte et étrangère.

De nombreux seigneurs locaux s'allient avec les musulmans et la Provence s'est déjà soulevée quelques années auparavant. Cette dernière sera conquise par Charles Martel en 739, et ceux, ayant soutenu les musulmans face aux conquérants, seront châtiés.

Selon l'historien Karl Ferdinand Werner, le surnom de Martel (marteau en Occitan) viendrait du bouleversement causé par les exactions de Charles et non de sa victoire contre les musulmans.

 

Il est évident que dans l'histoire de l'Occitanie, les conquérants francs puis français, ont fait beaucoup plus de dégâts que les musulmans, il est facile en connaissant cette histoire de retourner la logique de choc des civilisations de l'extrême droite.

Il est également intéressant de noter que le maire d'extrême droite de Besièrs, Robert Ménard, est un grand admirateur du personnage qui a ravagé sa ville.

 

Charles Martel est à ranger dans la même catégorie que Simon de Montfort. Les deux personnages, bouchers de l'Occitània, s'acharneront sur leur population, et justifieront leurs actions par des motifs religieux, bien que cette dernière partageait leur religion (les musulmans, puis plus tard les cathares, étant une minorité). L'histoire de la croisade albigeoise est bien connue dans le mouvement occitaniste, celle des campagnes de Charles Martel, l'est moins. Cependant, les deux personnages sont similaires dans leur relation avec notre pays, le différence principale entre les deux venant du fait que Montfort, à la différence de son prédécesseur, parviendra à conquérir durablement le Languedoc.

Il est important pour nous autres occitans, de connaître l'histoire de notre Pays, afin de combattre le grand mensonge français et l'idéologie française.