L'insurrection Spartakiste - 1919. Partie 1

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Janvier 1918 la révolution spartakiste écrasée

Janvier 1918, l’Allemagne connait une insurrection communiste qui menace directement le capitalisme. Cette insurrection fait définitivement prendre conscience du danger « Bolchévique » à la bourgeoisie allemande. Nous retrouvons dans ces événements tous les ingrédients qui permettront l’arrivée du nazisme au pouvoir : trahison de la social-démocratie envers les intérêts du prolétariat, militarisation de la société, revanchisme et bien sûr le choix des capitalistes d’éviter le pire pour eux, c’est-à-dire l’avènement d’un pouvoir rouge.

La toile de fond.

Cette révolution est la fille avant tout de deux éléments centraux, la guerre impérialiste et la révolution bolchévique d’octobre 1917 dans l’empire Russe. La guerre impérialiste a permis l’effondrement du tsarisme et le triomphe d’un pouvoir révolutionnaire dans l’ex-Russie impériale. Les bolchéviques avaient lancés le mot d’ordre de transformer la guerre impérialiste en guerre révolutionnaire. Les Spartakistes ont tenté d’appliquer ce mot d’ordre. Les conditions et la situation allemande n’ont pas permis son triomphe. Et pourtant l’Allemagne de fin 1918, début 1919 a des similitudes importantes avec la Russie.

C’est la défaite militaire surprise pour les masses qui accélèrent le délitement de l’État et de l’ancienne société. Les militaires allemands avaient gardés le secret de la situation militaire à la société. Jusqu’à l’été 1918 les militaires n’avaient pas perdu l’espoir d’une victoire militaire. En effet les armes s’étaient tues à l’est depuis décembre 1917. La paix de Brest-Litovsk imposée à la toute jeune république soviétique assurait à l’Allemagne les richesses d’Ukraine : son bétail, ses œufs, son blé. Les frontières du Reich se sont étendues à l’est jusqu’à englober les pays baltes, une partie de la Biélorussie. Dans les Balkans, en mars, la Roumanie dépose les armes, la triplice n’aura plus besoin de s’inquiéter pour le pétrole. Mais la situation pour les empires centraux est moins bonne qu’en 1917. La politique de guerre sous-marine à outrance mise en place pour mettre à genoux la Grande Bretagne n’a pas fonctionné. Pire elle a provoqué l’entrée en guerre des États-Unis. En 1918, le contingent américain compte 1 millions d’hommes en Europe. Grâce aux USA, l’Entente dispose de vivres, d’hommes, de matériel. Les empires centraux, au contraire sont isolés, le blocus maritime mis en place par l’Entente est extrêmement efficace.

En mars, avril, mai 1918, Ludendorff lance sur le front français trois offensives successives. La troisième porte les lignes allemandes sur la marne. Mais faute de réserve les allemands ne peuvent exploiter leurs succès. Les contre-offensives de Foch en juillet-aout permettent aux troupes de l’Entente de regagner le terrain perdu. Le 8 août nouvelle attaque de l’Entente dans le secteur de Montdidier, les Allemands prennent conscience qu’ils ne peuvent gagner la guerre. A partir de là tout se dégrade rapidement. Le 14 septembre l’Autriche-Hongrie demande l’armistice.

C’est l’affolement général dans le haut commandement allemand et la surprise pour les politiques et le peuple. Ludendorff presse les politiques d’accepter l’offre de paix de Wilson, président des USA. Alors que quelques jours avant les militaires assuraient de pouvoir tenir militairement, aujourd’hui il est question de risque d’effondrement. En cachant la réalité de la situation allemande les militaires créeront les conditions du « coup de couteaux dans le dos ». C’est-à-dire la croyance que l’Allemagne a été trahie par un ennemi intérieur. Le bolchévique et le juif et souvent les deux liés seront les traîtres tous désignés. Le « coup de couteaux dans le dos » a été un instrument politique et idéologique important de 1918 jusqu’au nazisme.

Du jour au lendemain, les fonctionnaires d’empire, les officiers, les policiers, les cadres politiques, en un mot toute la structure de l’État, se trouvèrent face à une situation imprévue, celle d’une défaite totale. Le pouvoir s’effondre sur lui-même, il est vacant. C’est cette vacuité du pouvoir qui a permis à une poignée de Spartakistes menée par un tailleur de faire hisser le drapeau rouge sur le palais du duc de Brunswick sans que celui ne s’y oppose…Fin 1918 tout semble possible.

Les protagonistes de la révolution de janvier.

Cette tentative révolutionnaire a été possible car une poignée de militants chevronnés l’ont organisée. Ces militants se rassemblèrent dans la ligue Spartakiste, reprenant le nom de Spartacus, le célèbre esclave qui faillit renverser l’empire romain. Cette ligue est née en rupture avec la social-démocratie qui s’était rangée comme un seul homme derrière l’aventure guerrière. Karl Liebknecht fût le premier député à refuser de voter les crédits. Autour de lui se groupait Rosa Luxembourg, Franz Mehring, Clara Zetkin et d’autres qui dénonçaient avec rage la guerre impérialiste. L’aile de la social-démocratie opposée à la guerre fonda à Gotha en juillet 1917 le parti social-démocrate indépendant (l’USDP). Ce parti idéologiquement hétérogène, rassemblait des centristes, comme Kautsky et Bernstein jusqu’aux révolutionnaires spartakistes. Les Spartakistes avaient fait ce choix pour éviter que les idées révolutionnaires soient isolées. Peu à peu et avec pugnacité les spartakistes vont se faire connaître et reconnaître dans les masses allemandes et notamment à Berlin.

La grève de janvier 1918 premier signe d’effritement dans l’Empire.

Là où il y a oppression, il y a résistance. La guerre a été terrible sur le front mais aussi à l’arrière. Le blocus de l’Entente, la désorganisation économique ont mis les masses allemandes dans une situation économique d’espérée. La disette, si ce n’est la famine, touche la majorité des allemands. De plus l’effort de guerre entraine des cadences et une soumission toujours plus grande dans l’industrie. C’est dans ce contexte là que ce développe l’organisation ouvrière « RevolutionäreObleute », sorte de conseil ouvrier de l’industrie berlinoise mais aussi en « province ». Le 28 janvier près de 400000 ouvrières et ouvriers cessent le travail à Berlin. Dans les usines sont élus des délégués qui constituent un comité central de grève avec des revendications claires : paix sans annexion (contre la république soviétique), améliorations du ravitaillement, libération des prisonniers politiques. Onze membres dirigent le mouvement plus 3 membres de l’USPD et des socialistes Majoritaires (les socialistes qui soutiennent les capitalistes). Les Majoritaires joignent le mouvement pour l’étouffer, Ebert (dirigeant social-démocrate majoritaire) l’avouera franchement. Les négociations des Majoritaires avec le pouvoir est secondée d’une violente répression policière.

Les sociaux-démocrates au gouvernement

La révolution d’octobre a ébranlé les fondations du vieux monde en démontrant la possibilité par les ouvriers et les paysans de conquérir le pouvoir. Elle a aussi fait prendre conscience à la classe dominante le danger central du mouvement communiste naissant. Les sociaux-démocrates l’ont identifié comme un ennemi de la même façon que la bourgeoisie. Ils voient dans le bolchevisme « un nouveau tsarisme », ils l’assortiront de tous les épithètes sans cesse rabâchés : « asiatique, réactionnaire, impérialiste etc. ». Il n’y a que les Spartakistes qui diffusent et popularisent la révolution d’octobre dans les masses, malgré certaines réservent de quelques-uns dont Rosa Luxembourg sur les méthodes employées. Les masses ouvrières, elles, ont plutôt accueilli la nouvelle avec espoir. Sinon comment expliquer la multiplication des « räts », les conseils ouvriers ou de soldats pris en exemple sur la révolution russe.

A la fin de l’été 1918, le pouvoir note que le moral est en baisse dans l’armée et à l’arrière. Le secrétaire d’État à l’intérieur en conclut que le « climat à l’arrière est très mauvais et qu’il faudrait une soupape de sureté ». Cette soupape, c’est le début de la parlementarisation du régime avec un soutien sans faille des sociaux-démocrates majoritaires. C’est le haut commandement militaire qui dirige le pays de manière effective qui veut la présence des socialistes au gouvernement pour faire accepter la défaite aux masses.

Il faut comprendre que la classe ouvrière allemande est historiquement puissamment organisée dans les syndicats et dans la social-démocratie. La social-démocratie, bien que se revendiquant de Marx et du socialisme, ne veut pas de révolution violente. Elle veut arriver au socialisme par les réformes petit à petit. Cette puissance lui a permis de conquérir des lois sociales mais en même temps a organisé l’encadrement du prolétariat dans les moments de convulsion révolutionnaire comme ceux qu’a connu l’Allemagne fin 1918 début 1919.