La « République » consulaire de Tolosa.

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Ce vendredi 10 janvier 2020 à partir de 12h30, sera célébré comme chaque année au Capitole, "les libertés communales de Toulouse" du 6 janvier 1189.




Nous en profitons pour relayer un texte sur "  La « République » consulaire de Tolosa" :

"« Toulouse a été libre, de plein droit, et le sera sans fin » (Délibération des Capitouls dimanche 8 septembre 1295)

Toulouse le 6 janvier 1189… La population en révolte se masse dans un quartier populaire des bords de Garonne devant l’église Saint-Pierre-des-Cuisines. Son souverain, le Comte Ramon V est là lui aussi face aux consuls qui exigent la totalité du pouvoir sur la ville.

Très vite, devant la force de l’émeute, Ramon V capitule. Il abandonne ses prérogatives au profit de la municipalité élue et une amnistie générale sera prononcée. Exactement 600 ans avant Paris, Toulouse a fait sa Révolution bourgeoise et devient dès lors une « République » consulaire!…

Dorénavant l’autorité des consuls sera totalement indépendante de celle du Comte qui ne conserve que le droit de frapper sa monnaie et celui de lever des troupes dans la ville à condition que les intérêts des Toulousains soient directement menacés.

« Patria tolosana »

La municipalité a désormais des pouvoirs très étendus dans tous les domaines. Ses membres, en nombre égal pour représenter l’ancienne Cité romaine et le Bourg Saint-Sernin/Saint-Pierre-des-Cuisines, constituent le « chapitre » (du latin « capitulum » et de l’occitan « capitol« : d’où le nom de « capitouls » donné plus tard aux consuls de Toulouse, qui évoque aussi l’ancien temple du Capitole romain dédié à la triade Jupiter-Junon-Minerve et retrouvé Place Esquirol).

Renouvelés chaque année, ces consuls (tous égaux: il n’y a pas de maire!) légifèrent, jugent et administrent en toute liberté… Ils promulguent des ordonnances (ou « établissements« ) pour organiser la police et l’entretien de la ville, pour réglementer le commerce et l’artisanat (poids et mesures, taxes, corporations). Ils prononcent les sentences en matière civile (prêts, ventes,…) comme en matière criminelle (meurtres, maraudes,…). Ils fixent, lèvent les impôts et gardent le trésor de la Communauté.

Ils exercent aussi un pouvoir militaire important. Quand les biens et les intérêts commerciaux de la bourgeoisie toulousaine sont en jeu, ils n’hésitent pas à lever une milice armée et à faire la guerre contre des seigneurs locaux. Ainsi contre Villemur-sur-Tarn, cité fortifiée à 30 Km au nord de Toulouse, à qui un traité de paix du 5 août 1202 conclu avec la république toulousaine impose le paiement d’une indemnité de 4000 sols toulousains après une remise d’otages et la soumission au jugement consulaire.

Cette année-là en effet, les consuls décrètent, avec la suppression des péages et des droits sur les marchandises, la liberté totale du transport des céréales et du vin provenant de leurs terres … ce qui n’a pas l’air de plaire aux autres communautés de la région, qui en tiraient de substantiels profits. D’où les nombreux conflits locaux qui se concluent par une vingtaine de traités favorables aux Toulousains entre 1202 et 1204.

Ainsi on peut dire que la République de Toulouse élargit sa souveraineté non seulement à son vaste territoire communal, mais aussi à la région sur un rayon d’environ 50 km. Les textes parlent de la « patria tolosana« , un véritable « contado » qu’on peut comparer aux « contadi » créés par les grandes villes italiennes comme Florence, Pise, Gênes et la République de Venise.

La « Patria Tolosana » au 13e s.: localités qui ont signé des traités avec Toulouse en 1202-1203, en particulier pour favoriser la libre circulation des marchandises.
(d’après Philippe Wolff, in « Les Toulousains dans l’Histoire » – Ed. Privat 1984)

La Cité et le Bourg

Chaque capitoul représente un des quartiers de la ville ou « capitoulat« . La commune de Toulouse sur la rive droite de la Garonne est divisée alors en deux grandes parties héritées de l’Histoire:

La Cité qui occupe l’emplacement de l’antique Palladia Tolosa romaine comprend encore de nombreux espaces verts non construits, malgré la forte croissance de la population due à l’immigration des gens de la campagne -du Lauragais en particulier- vers la ville: pré Montardy, place des Carmes, Bourguet Nau (actuelle rue Peyrolières), St Etienne… Elle compte six capitoulats: Daurade ; Pont-Vieux ; St Pierre-St Géraud ; Dalbade ; Saint-Etienne ; St Romain (ou St Rome).

Le Bourg s’étend vers le nord autour de Saint-Sernin et de Saint-Pierre-des-Cuisines. A l’inverse de ce que l’on constate aujourd’hui, la noblesse et certains grands bourgeois du 12e siècle délaissent la Cité trop « populaire » et trop agitée, et se font construire de grandes et riches demeures autour du monastère de Saint-Sernin: c’est le cas pour la famille Maurand dans la rue du Taur. 

Sur les bords de la Garonne autour de l’église Saint-Pierre-des-Cuisines, affluent des marchands et des artisans: pêcheurs et tanneurs, blanchers, teinturiers et pargaminiers (parcheminiers) qui ont besoin d’eau pour l’exercice de leur profession. On retrouve d’ailleurs les noms de ces métiers dans celui des rues.

Le Bourg comprend lui aussi six capitoulats: St Pierre-des-cuisines; Las Croses; Arnaud-Bernat; Pouzonville; Matabiau; Villeneuve.

Ces deux parties de Toulouse sont entourées de deux remparts en forme de cœur: d’une part, l’ancien rempart romain avec ses tours protège la Cité (on démolira plus tard la partie séparant la Cité du Bourg: de l’actuel Capitole à l’ancien hôpital Larrey); d’autre part, un nouveau rempart qui entoure les quartiers Saint-Sernin/ Saint-Pierre par les actuels boulevards.

Les consuls sont devenus très puissants après la Révolution de 1189, mais ils n’ont pas de lieu où se réunir en toute quiétude. Alors en 1190 ils achètent une maison et un terrain près d’une tour des remparts romains non loin de l’ancienne Porterie, juste à la jonction des deux remparts et à la limite de la Cité et du Bourg… un emplacement assez éloigné du Château Narbonnais, résidence du Comte! 

Ils fondent donc là une « Maison Commune » (la « Comuna » disait mon grand-père, en occitan, quand il parlait de la mairie), qui deviendra le « Capitole » au XVIe siècle. L’Hôtel de Ville de Toulouse –fait remarquable!- n’a donc pas changé de place depuis plus de huit siècles et l’on pouvait voir encore jusqu’à ces dernières années dans le square de Gaulle les fondations de la tour romaine achetée par les consuls de Toulouse en 1202.

Plus tard au XIIIe siècle., Toulouse s’étendra sur la rive gauche de la Garonne autour de l’Hôtel Dieu et constituera le faubourg St Cyprien lui aussi fortifié.

Les charges municipales sont exercées par quelques familles patriciennes que l’on retrouve sur plusieurs générations, tels les Mauran, les Villeneuve, les Ramond et surtout les Roaix. L’autorité municipale est symbolisée par un sceau où figurent le Château Narbonnais (représentant la Cité) et Saint-Sernin (représentant le Bourg).

Mais comment en est-on arrivé là?

Les capitoulats de Toulouse au 12e s.
(d’après Ch. Cau in « Les Capitouls de Toulouse » – Ed. Privat 1990)

Vers un effritement du pouvoir comtal

La révolution toulousaine du 6 janvier 1189 est l’aboutissement d’un lent processus qui s’inscrit dans le vaste mouvement urbain démarré en Occident dès le XIe siècle.

Après l’an mil, on ne compte plus de grandes migrations, ni d’exodes généralisés dans l’Ouest de l’Europe. Les peuples se fixent et s’organisent. Une forte croissance démographique; un défrichement forestier conséquent; une diversification de l’économie: telles sont les principales caractéristiques de cette époque.

Le surpeuplement des campagnes et les progrès mécaniques de l’agriculture économisant les bras poussent une partie des paysans vers les villes qui croissent rapidement, comme Toulouse.

Apparaît alors une nouvelle bourgeoisie commerçante qui s’enrichit et dont le dynamisme ne peut laisser indifférents les seigneurs. Ainsi le Comte de Toulouse, Alphonse Jourdain, crée une salvetat (sauveté) dans la ville, près du Château Narbonnais, c’est-à-dire un territoire pourvu de franchises. Chaque nouvel immigré a droit ainsi à une parcelle de terre (un « casal« ) où il bâtit sa maison; il est exempté d’impôts et il peut exercer tout métier sans formalité particulière!

Considéré comme le « fondateur des libertés toulousaines », Alphonse Jourdain qui connaît la principale revendication de cette bourgeoisie (suppression de toute entrave à la circulation des marchandises) accorde une des premières franchises en 1147 à tous les Toulousains, hommes et femmes de la Cité et du Bourg: suppression du droit de « queste » (taxe annuelle sur chaque maison), du droit de « tolte » (taxe sur les marchandises entrant en ville), du libre droit de « prêt » (dorénavant la levée d’un emprunt par le Comte est soumise à l’approbation de la population), du droit de « chevauchée » (la levée de troupes en ville ne pourra se faire que si Toulouse est directement menacée, comme ce sera le cas lors de l’invasion franco-capétienne au siècle suivant avec les guerres de la « croisade contre les Albigeois »).

De plus, il confirme les franchises antérieures comme celle de 1067 accordée par Guilhem IV exemptant les artisans de Saint-Pierre-des-Cuisines de Cens et de service militaire (ou service d’Ost).

La franchise de 1147 porte les signatures du Comte Alphonse-Jourdain et de son fils Raimon de Saint-Gilles (devenu Raimon V en 1148, celui-ci règnera près de cinquante ans jusqu’en 1194) et d’une dizaine de bourgeois toulousains garants de son application.

Dès lors cette bourgeoisie constitue un embryon de Commune, « guidée » par le Comte qui nomme les premiers prud’hommes (« probi homines« ) dirigés par un officier comtal (le « viguier« ) et aussi les « juges »: ainsi naît le chapitre(ou « capitol » en occitan) chargé de défendre les intérêts des marchands et au besoin de juger leurs différents.

Traduction de la déclaration d’Alphonse Jourdain, comte de Toulouse, (Juillet 1147) reconnaissant que la Cité et le Bourg de Toulouse sont exempts de queste, tolt, prêt et chevauchée commune, sauf le cas de guerre dans le toulousain (Archives municipales de Toulouse, AA1, f°2)

Une société ouverte dans un « Etat » autonome…

A partir de ce moment, les choses vont s’accélérer. Il faut dire ici que nous sommes dans le Comté de Toulouse avec une société ouverte et plus « libérale », semble-t-il, que la société féodale du nord de la Loire.

Ce n’est sans doute pas un hasard si dans l’Occitanie de cette époque Juifs et Arabes jouissent de tous les droits du citoyen et peuvent accéder à des fonctions importantes. A Toulouse c’est dans le quartier de la rue Joutx-Aigues que se regroupe la communauté juive en toute liberté au milieu de Chrétiens… du moins jusqu’à la conquête française.

Si la Francie (Bassin Parisien soumis à l’autorité d’un roi) est un pays où le droit coutumier reste prépondérant, les pays occitans sont coutumiers du droit écrit, héritage du droit romain (administratif, financier et pénal), codifié par les Wisigoths au Ve siècle (rédigé et promulgué à Aire-sur-Adour par Alaric II en 506 sous l’appellation de « Lex Romana Wisigothorum« , plus connu sous le nom de « Bréviaire d’Alaric« ).

Si en Francie les liens féodaux sont très stricts, du plus petit vassal jusqu’au roi (suzerain suprême) et qu’il n’existe « nulle terre sans seigneur« , en Occitanie depuis le IXe siècle le Comte de Toulouse ne reconnaît pas de suzerain (il ne rend donc pas hommage au roi de France qui est très loin!) et il est seul souverain du Comté, un véritable « Etat » autonome.

Les liens vassaliques y sont très affaiblis à tous les échelons de la société occitane. Les « alleux » sont ici assez répandus: ce sont des terres libres de tout seigneur et de toute redevance.

D’autre part, l’Occitanie du Moyen Age regarde vers l’Italie dont les villes (comme Gênes qui reçoit des privilèges commerciaux en Languedoc en échange de services rendus par sa flotte aux comtes Raimon IV et à son fils Bertrand) se sont libérées de tout lien féodal et constituent des républiques totalement indépendantes.

Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que les franchises urbaines se développent au cours du XIIe siècle et que la « Comuna de Tolosa » cherche à s’affranchir de la tutelle comtale.

En 1152 on note pour la première fois la mention d’une municipalité constituée d’un « Commun Conseil » (composé des notables et parfois de tous les hommes libres de la ville), d’un Chapitre (composé de six consuls, quatre juges et deux avocats, représentant le Bourg et la Cité) et d’un viguier délégué du comte.

En 1175 les consuls détiennent presque tous les pouvoirs et l’année suivante ils se débarrassent des juges et des avocats. Dès lors la voie est libre pour l’indépendance totale de la municipalité, concrétisée lors des émeutes du 6 janvier 1189 qui marquent véritablement la fondation d’une république consulaire. Il est à remarquer que les Capitouls administreront la commune jusqu’à la Révolution française, durant 600 ans!…

La Tour Maurand à l’angle de la rue du Taur et de la rue du Périgord (édifice roman du 12e siècle).

Et cela malgré les vicissitudes de l’Histoire: la guerre de conquête du Comté imposée dès 1209 par la Francie lors de l’affaire albigeoise; le désastreux traité de Paris-Meaux dicté par Blanche de Castille qui prévoyait entre autres la création d’une université à Toulouse chargée de réprimer les contestations du nouveau pouvoir établi; les persécutions de prétendus « hérétiques » et de juifs (port de la rouelle cousue sur les vêtements, etc…) par les inquisiteurs et par le roi Louis IX (dit « saint »-Louis); le rattachement définitif au domaine royal et les tentatives de main-mise sur la municipalité toulousaine par la monarchie absolue, sous Louis XIV en particulier …

L’économie toulousaine au XIIe siècle.

Toulouse jouit à cette époque d’une renommée internationale, à l’instar des grandes républiques italiennes, sur le plan économique, grâce notamment au commerce des grains du Lauragais.

Ceux-ci sont transformés en farine par des moulins installés sur des barques et constitués, avant le XIIe siècle, d’une meule actionnée par une roue à aubes. On imagine les inconvénients de ce système lors des fréquentes inondations de la Garonne.

Aussi dès 1183, des « moulins terriers », considérés parmi les plus performants d’Europe, seront aménagés au Bazacle, à la Daurade et au Château Narbonnais à l’extrémité de l’île de Tounis.

De plus, leur mode de gestion en fait la plus ancienne société européenne par actions: des administrateurs (les « pariers« ) possèdent, vendent, lèguent et cèdent des « uchaus » (c’est-à-dire des parts sur les moulins) en toute liberté.

Ces moulins seront utilisés non seulement pour moudre du grain, mais aussi pour fouler le drap, presser de l’huile et même du papier. Les moulins de la Daurade disparaîtront à la fin du XIVe siècle. Ceux de l’Ile de Tounis incendiés au début du XXe s. seront démolis durant la guerre 39-45. Quant aux moulins du Bazacle, ils seront transformés en 1880 pour produire de l’hydro-électricité.

La plupart des activités artisanales et industrielles de Toulouse au Moyen Age se regroupent en général par corps de métier. Ainsi les tanneurs à Saint-Pierre-des-Cuisines puis place « Mage des Affachaires » (ce qui signifie: la grande place des tanneurs) où ils bénéficient des avantages fiscaux liés à la « sauveté » comtale et des nombreux puits de ce secteur.

Par contre, les commerçants qui vendent des produits dont la population a un besoin quotidien, sont plus dispersés mais par petits groupes dans les divers quartiers de la ville: épiciers, bouchers, marchands de vin…

Les noms de rues reflètent souvent l’activité qui y domine. On pourra s’en rendre compte en consultant les tableaux ci-après.

Localisation des activités économiques dans Toulouse au XIII° s.

métiers Noms de rues correspondants
Mazeliers/anheliers/bedeliers/affachaires (bouchers, tripiers, tanneurs) rue des Bancs-Majous (auj. rue St-Rome); rue des Trois Banquets (un banc, un banquet = un étal de boucher); rue des anheliers (auj. r. Tripière); rue Bedelières; r. des affachoirs (île de Tounis); r. des affachadors (auj. r. Mage, Merlane et pl. Perchepinte)
Meuniers rue des Moliniers (auj. r. du Tabac); r. des Moulins du château (auj. r. des moulins)
Pêcheurs rue des Pescadors (auj. r. des Blanchers)
Unhères (marchands d’huile, de grains) rue des unhères (auj. r. du Languedoc)
Pelegantiers (artisans des peaux de mouton et fabricants de gants de peau) rue des Pelegantiers (auj. r. du May, Baour-Lormian)
Cerviniers (apprêteurs de peaux, fabricants d’outres) rue Cervinière (auj. r. St-Rome)
Blanchers (blanchisseurs de cuir) rue des Blanchers
Pargaminiers (parcheminiers) rue Pargaminières
Imaginaires (imagiers, enlumineurs) rue des Imaginaires (auj. r. de la Pomme)
Paradors (apprêteurs de draps, foulons) rue des Paradoux
Drapiers rue de la Bourse, rue Cujas
Teinturiers rue des Teinturiers (île de Tounis)
Filatiers (filatiers, tailleurs, couturiers…) rue des Filatiers
Flessadiers (fabricants de couvertures en laine = « flessado ») rue des Flessadiers (auj. r. de la Trinité)
Gipponiers (fabricants de pourpoints) rue des Gipponiers (auj. r. de l’Echarpe); r. des Pourpointiers (auj. r. des Tourneurs); r. Peyrolières.
Temponiers (fabricants de chausses) rue Temponières
Chapeliers rue des Chapeliers (auj. r. du Languedoc)
Estagniers (étameurs, fondeurs d’étain) rue des Estagniers (auj. r. des Changes)
Ferratiers (ferrailleurs) rue des Ferratiers (auj. r. des Changes)
Payroliers (chaudronniers; chaudron=pairol) rue Peyrolières
Polinaires (polisseurs, brunisseurs de métaux) rue des Polinaires
Sarraliers (serruriers; serrure=sarralh) rue des Sarraliers (auj. r. de la Trinité)
Lanterniers (fabricants de lanternes) rue Lanternières
Couteliers: espassiers, esperonniers, razoriers…(fabricants d’épées, d’éperons, de rasoirs…) Rue des Couteliers ; rue de la Dalbade
Arbalestriers rue des Arbalestriers (auj. r. Peyrolières)
Armusiers (armuriers) rue des Armusiers (auj. r. des Tourneurs)
Fustiers (charpentiers) rue des Fustiers (auj. r. des Paradoux)
Semaliers (fabricants de comportes; comporte=semalh) Rue des Semaliers (auj. place de la Trinité)
Grasaliers (fabricants d’auges en bois = grazalh) Rue des Grazaliers (auj. r. des Tourneurs)
Sesquiers (rempailleurs de chaises; paille utilisée: la sesco) rue des Sesquiers (auj. r. du Coq d’Inde); rue Sesquières (auj. r. Maletache); r. Sesquières neuve (auj. r. des Quatre Billards); NB: La rue Sesquières actuelle tire son nom de la famille Lasesquières!
Changeurs (banquiers) rue des Changes
Argentiers (artisans travaillant l’argent) rue des Argentiers (auj. r. Gambetta)
Orpailleurs / Orfèvres (chercheurs d’or; orfèvres) rues de la Dalbade et des Filatiers

Halles et Marchés

Halle au poisson rue de la Descente de la Halle
Marché de la Pierre place Esquirol
Marché au vin place Saint-Georges
Halle vieille rue Saint-Rome
Marché aux fourrages rue Lapeyrouse
Autres marchés place du Salin et place Saint-Sernin

Principaux fours

Four de la Dalbade Rue de la Dalbade
Four d’Aussargues Rue d’Aussargues
Four Comtal Rue Nazareth
Four d’Assézat Place d’Assézat
Four des Augustins Rue des Tourneurs
Autres fours Rues du Fourbastard, Cantegril, des Têtus, des Cheminées, Joutx-Aigues.
Octobre 1190: les consuls de Toulouse négocient l’achat d’une maison et d’un terrain contre l’ancien rempart romain, pour y édifier une « Maison Commune ». 
(dessin de J-Cl. Pertuzé in « Petite Histoire de Toulouse » de Ch. Cau – Ed. Loubatières)

Comme c’est encore le cas aujourd’hui, le quartier commerçant de Toulouse au Moyen Age est situé dans la Cité antique, limitée par la Porterie (actuelle place du Capitole), le Salin, Saint-Etienne et le Pont-Vieux (aujourd’hui disparu); au centre, on trouve la place de la Pierre, actuelle place Esquirol qui était, ne l’oublions pas, le forum cœur de Palladia Tolosa sous l’Empire romain.

Faut-il pour autant en conclure que la Cité est à cette époque le quartier riche de Toulouse par opposition au Bourg qui serait le quartier pauvre? Pas exactement! Riches et pauvres habitent souvent les mêmes maisons dans la plupart des « moulons ».

Les marchés sont regroupés, eux aussi, par métier. On vend l’huile place Saint-Georges, les céréales place de la Pierre, les fruits et légumes place Saint-Sernin; quant au poisson, il dégage ses odeurs parfois mal tolérées dans une halle située à hauteur de l’actuel n°14 rue Saint-Rome. Ce n’est qu’en 1550 qu’elle sera déplacée près de l’île de Tounis où existe toujours la rue de la « Descente-de-la-Halle-aux-Poissons« …

L’accroissement de la population entraîne celui des maisons construites non pas encore en briques roses (réservées aux églises et aux personnes les plus riches), mais en bois de chêne (« corrondage« ) et en torchis (« paillebart« ), matériaux de choix pour favoriser les incendies attisés par le vent d’autan!!!

Enfin on ne peut clore ce bref rappel de la vie économique à Toulouse au 12e et au début du 13e s. sans évoquer les nombreux caprices de la Garonne qui inonde régulièrement (comme en 1177 et en 1220) Saint-Cyprien et l’Ile de Tounis non protégés par une digue et qui détruit les deux seuls ponts de la ville: le Pont Vieux en amont de l’actuel Pont Neuf et le Pont de la Daurade dont on peut voir encore une arche à l’Hôtel Dieu; ils sont constitués d’un simple tablier de bois posé sur des piliers de briques assez solides pour résister aux assauts du fleuve; seul le tablier est systématiquement emporté par l’inondation, mais il peut être assez vite reconstruit…

Jòrdi Labouysse

Petit vocabulaire médiéval

aliéner: céder un bien à titre onéreux ou gracieux

arpent: un terrain cultivablemesure médiévale: un arpent de Toulouse vaut 56 ares 90 ca

ayral: emplacement de maison (1 ayral vaut 1 sixième d’1 cazal et 1 cazal = 1 quart d’arpent)

bail emphytéotique: bail de 99 ans renouvelable par tacite reconduction

bayle: représentant du seigneur dans la ville (rend la justice et perçoit les droits domaniaux)

brassier: homme travaillant de ses bras

casal, cazal: jardin

coutumes: droits accordés par la puissance publique à une ville, une communauté, etc.

convers: religieux (non prêtre) chargé des tâches matérielles de la communauté.

encours: confiscation de biens pour « hérésie », lèse-majesté, etc.

« ester en droit »: comparaître en justice

feu: maison habitée, un foyer ou famille; par extension: biens et droits de cette famille

fournage: redevance due pour l’utilisation d’un four banal

grange: domaine rural autour d’une chapelle (travaillé par des serfs, des hommes libres et des convers)

grasale: grande terrine en terre cuite

hommage: serment de fidélité créant un lien entre un seigneur et un vassal ou feudataire

la leude: droit perçu sur les marchandises des marchés et des foires

messeguier, messaigier: garde-champêtre, garde des moissons

monnaie: un sol (ou sou) vaut douze deniers et un denier vaut deux oboles. Le sol toulza (de Toulouse) vaut le double du sou tournois (de France); 20 sous = 1 livre = 1 franc (14°s.)

ost et chevauchée: service militaire dû au roi et aux seigneurs

oublies: (du latin oblata = chose offerte) ; ce sont des redevances seigneuriales

Paréage, pariage: du latin « par, paris » (égal) – Ex: paritaire en français- contrat prévoyant un partage de droits sur la seigneurie

queste: impôt impopulaire connu aussi sous le nom de « taille »

salin: grenier à sel dépendant de la puissance publique

setier: (du bas-latin « sextatius » = sixième) – mesure de grains (parfois utilisé aussi pour le vin et l’huile)

République consulaire : Le mot république vient du latin res publica, c’est-à-dire la « chose publique ». C’est la gestion de l’intérêt général des citoyens, où le pouvoir est partagé et n’est pas héréditaire. Platon dans Politeia, Aristote dans Politike et Cicéron dans De re publica traitent des formes de gouvernement.

A Rome, la « république romaine » -de 509 à 44 avant J-C- a remplacé la monarchie: c’est une oligarchie patricienne où l’exercice du pouvoir se limite à un mandat d’un an. Ce sera le cas à Toulouse au XIIe siècle, quand la ville s’affranchira progressivement du pouvoir du Comte et qu’émergera alors cette forme nouvelle de gouvernement, oligarchique dans un premier temps et bourgeois par la suite.

Eglise Saint-Pierre-des-Cuisines où s’est tenue l’Assemblée du 6 janvier 1189

 

Comme chaque année, les libertés communales de Toulouse du 6 janvier 1189 seront célébrées au Capitole dans la salle des Illustres le vendredi 10 janvier 2020 à partir de 12h30. On peut retirer le carton d’invitation, qui sera exigé à l’entrée du Capitole, sur le site de l’Ostal d’Occitania.

Rappel historique de cette célébration : un dossier sur les républiques consulaires d’Occitanie a été publié par Georges Labouysse dans le mensuel « INFÒC » n°193 et 194 en novembre et décembre 2000. A la suite de quoi et à l’occasion des municipales de 2001, nous avons décidé d’organiser le 6 janvier 2001 une célébration de la Révolution toulousaine de 1189 devant l’église Saint-Pierre-des-Cuisines au son des bodègues et des fifres : tous les candidats aux municipales furent invités, peu ont participé !

Mais cette expérience fut renouvelée les années suivantes jusqu’à ce qu’un adjoint occitaniste persuade la municipalité de prendre en charge cette date historique, ce qui fut fait dix ans plus tard le 6 janvier 2011 et se poursuit jusqu’à aujourd’hui.|...]"



source : https://occitaniainfo.wordpress.com