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L’Occitanie et les élections présidentielles de 2017 par les cartes.

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      Les cartes peuvent être un révélateur de beaucoup de chose, elles font parties des identités et de notre vision du monde. Elles peuvent bien sûr être manipulé et on peut leur faire dire ce que l’on veut, bref tout cela est à prendre avec des « pincettes ». Ces cartes sont bien sur incomplètes, elles ne prennent pas en compte l’abstention, le vote jeune, le vote ouvrier (ou plutôt l’abstention massive) etc. Cette analyse n’est pas une analyse des élections présidentielles de 2017.

 

 Nous allons parler de l’Occitanie, territoire non reconnu, mis à part par le nom d’une région qui ne regroupe qu’un tiers des Occitans. Quand nous disons Occitans nous parlons de l’ensemble des personnes vivant sur le territoire historique de langue occitane. Ce qui nous a intéressés dans les cartes qui vont suivre, c’est l’apparition à travers les habitudes électorales des Occitans l’apparition du territoire occitan lui-même. Ce qui nous a encore plus intéressés, c’est que malgré la forte poussée réactionnaire une grande partie des Occitans sont encore bien ancrés à gauche. Mais le FN est hélas aussi très représenté dans plusieurs territoires, et nous tenterons de donner un début d’explication à cela.

 

 

 

Dans cette première carte qui représente les candidats arrivés en tête par commune, on peut voir que l’Occitanie (tout ce qui est en dessous de la ligne rouge, hormis la Catalunya Nord et le Pays Basque Nord aux deux extrémités des Pyrénées) est avec la Bretagne le territoire nationalitaire le moins à droite dans l’État français. Bien entendu, le FN est présent ; mais bien moins qu’au nord de cette ligne.

 

           Plus intéressant, sur cette carte apparaissent les communes ou la France Insoumise de Mélenchon à fait entre 25 et 30 %. Là aussi il est clair que les terres occitanes sortent du lot français. Nous avons là les terres de vieille tradition de gauche jaurésienne qui sont bien marquées, Landes, Pyrénées (centrales et méditerranéennes), Cévennes et l’intérieur du Languedoc, Haute Provence, Dauphiné et une partie du Quercy, le Limousin et Clermont d’Auvergne.

 

   Cette autre carte représentant les communes où Lassalle a fait ses meilleurs scores est intéressante, l’Occitània est encore bien marquée. Jean Lassalle représente le centrisme humaniste de droite rural occitan. Avec son accent et sa façon d’être, poussé parfois à la caricature (certes), il est clairement l’expression de l’opposition au parisianisme où tout doit être policé.

 Le FN est très présent dans trois grandes zones occitanes, la vallée de la Garonne (qu’on oublie trop souvent) entre Bordèu e Tolosa, la côte languedocienne et provençale mais qui sont aussi des terres de gauche. Ces trois territoires n’ont pas les mêmes considérations. La vallée de la Garonne est une zone en déprise, prise en tenaille entre Bordèu et Tolosa, deux métropoles en pleine croissance. Ces zones de petit maraîchage et de vignes sont frappées par la crise, ce sont clairement des zones périphériques ou les taux de pauvreté sont élevés.

 

 La côte languedocienne est un peu dans le même cas, sauf que là nous avons un énorme déséquilibre sur le territoire, qui n’existe pas dans la vallée de la Garonne. La côte languedocienne est une zone de forte attraction, le développement de l’héliotropisme a poussé de nombreuses entreprises à venir s’installer, de plus le « bon vivre » de la zone a attiré beaucoup de monde. La politique d’aménagement du territoire organisée par Paris, qui a fait de cette zone un des « bronzes culs » de l’Europe, a accentué le déséquilibre. La viticulture, qui fut le ciment socio-économique de cette terre pendant des décennies, est en crise profonde et la politique de Georges Frêche, qui a fait de Montpellier la seule ville recevant les deniers régionaux, a fait de cette zone un cas d’école de déséquilibres. Des îlots de richesse ultra dynamiques, une pauvreté énorme (c’est la région la plus pauvre de l’État français avec la Corse), un faux dynamisme axé sur le tourisme et la construction ont fait de cette zone un endroit très dur à vivre pour les classes populaires et pour beaucoup de personnes de la classe moyenne. C’est donc un sentiment de frustration immense qui touche beaucoup de gens exclus du pognon et du luxe jet-setteurs de quelques-uns. Cette zone anciennement rouge a viré au noir car les partis représentant ces masses populaires ont trahi leurs tâches historiques.

 

La Provence a un peu la même configuration, un peu différente, car en plus d’être une énorme zone touristique, elle est aussi devenue la maison de retraite de l’Europe. Là aussi d’immenses disparités de richesse marquent ce territoire. La Belle de Mai à Marselha, quartier le plus pauvre d’Europe, se trouve non loin de la Riviera et de Saint-Tropez. De nombreux retraités qui votent en grande majorité à droite voire à l’extrême droite sont venus s’installer là, et il ne faudrait pas oublier que la Provence a largement accueilli les rapatriés d’Algérie qui ne sont pour la plupart pas de grands progressistes, loin de là. La spéculation foncière propre à toute la côte méditerranéenne touche violemment les masses populaires. Sans un tissu industriel important, mis à part autour de l’Étang de Berre, les classes populaires ont été violemment touchées par la crise.

 

Précisons que la terre provençale comme la zone languedocienne voire la vallée de la Garonne sont des terres de forts contrastes, la FI y fait aussi de gros score. Souvent nous avons le FN premier et la FI seconde comme à Gardanne, Aubagne, Beaucaire, le Pontet, Marignane, Arles, Fos-sur-Mer, Cavaillon, Béziers, Narbonne, Carcassonne, Sète, etc. Il y a même eu des surprise ; ainsi la FI a été en tête à Marselha, Montpelhier, Nimes ou encore à Port de Bouc.

     Cette dernière carte vient illustrer la question de l’opposition centres/périphéries et villes/campagnes. Les centres et les zones urbaines sont plus progressistes (ou a minima libéraux) tandis que les zones plus périurbaines, en périphérie des métropoles et très nettement « le long » de la colonne vertébrale économique « en Y » de l’Hexagone (du pourtour méditerranéen via Lyon jusqu’à Paris et Le Havre d’un côté, Strasbourg de l’autre), à l’exception (précisément) de l’Île-de-France et du Grand Lyon, ont tendance à être marquées par la poussée réactionnaire FN. En revanche la « ruralité profonde », particulièrement au sud-ouest d’une ligne Le Havre – Perpignan, tend à résister à cette poussée ; parfois (par « poches ») au profit d’une vote conservateur Fillon, comme dans son fief du Maine-Anjou (« Pays de Loire ») ou vers le Val de Loire (« région Centre »), dans le Massif Central ou encore dans les Alpes… mais aussi très souvent au profit de gros scores « gauche de gauche » pour Mélenchon et Hamon, et ce principalement en Occitanie et en Bretagne, ainsi qu’en faveur de Macron qui récupère une bonne partie de notre bon vieux radical-socialisme « cassoulet ».

 

Ces questions feront l’objet d’autres articles dans notre journal.

 

L’ « Occitanie sociologique électorale » existe donc bel et bien.

 

      Au travers de ces quelques cartes nous pouvons voir que l’Occitanie a sa propre sociologie, elle apparait physiquement dans le choix du vote qui comme nous l’avons dit a un fort potentiel progressiste. Bien entendu cela ne signifie pas que cette masse de personnes se sentent occitanes, mais il y a bien un peuple méridional qui a ses propres problématiques et logiques électorales. Le FN s’est développé sur le terreau de cette crise latente que connaissent nos terres occitanes, mais ces terres pétries par les luttes conservent un fort potentiel révolutionnaire. Beaucoup d’électeurs du FN sont eux-mêmes des gens des classes populaires qui peuvent basculer dans le camp de la révolution.

 

Ce qui est sûr c’est qu’aucun parti politique parisien ne pourra régler nos problématiques, car ne les prenant tout simplement pas en compte. Toute l’idéologie dominante républicaniste et bourgeoise voit l’État français comme une unité alors que cet État est bel et bien multiple. Malgré des siècles de tentative d’unification, nous voyons que les territoires ne sont pas si uniformisés que cela. La vision d’un État français unifié nationalement est une NÉCESSITÉ pour la prolongation du système de domination capitaliste. Nous devons donc rompre avec cette vision unitariste. Rompre avec l’idéologie française, c’est réellement ouvrir le chemin vers la révolution.

 

Malgré que beaucoup nous disent que l’Occitanie n’existe pas, que tout cela n’est qu’un fantasme « romantique » de « petits bourgeois » et/ou de « réactionnaires », ces cartes viennent exprimer des liens profonds, marqués dans notre culture, notre histoire, nos luttes, nos vies. 

 

Nous pouvons donc dire que l’Occitanie est, dans sa composante populaire bien sûr (oublions les quartiers de villas multimillionnaires d’ici ou là…), une terre progressiste mais marquée par d’énormes déséquilibres qui débouchent en partie non-négligeable sur une implantation considérable (et sinistre) du Front National, pourtant « paroxysme » politique de l’idéologie française à l’origine même de ces problématiques et déséquilibres, mais cachant malheureusement bien son jeu et tendant sur bien des territoires à occuper comme un ersatz, ou comme un vilain coucou, la « niche » sociologique de notre défunt socialo-communisme païs (qui était lui-même, bon certes, pas un « paroxysme » mais tout de même, surtout après 1945, un bon pion de l’appareil idéologique tricolore).

 

Analyser ces problématiques est une nécessité, mais nous construisons ce que nous voulons construire sur des bases matérielles bien réelles comme nous pouvons le voir.

 

Bien entendu, le chemin est long avant que la conscience nationale occitane prenne le pas sur le méridionalisme ou le « sudisme ».

 

Cette conscience ne peut se développer qu’en créant nos propres instruments indépendants du jeu politique parisien. Ce journal est l’une de ces expressions du renouveau d’un occitanisme révolutionnaire au cœur de ces immenses masses du peuple travailleur.