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La Corse, la question nationale et la Révolution dans l'Etat français

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La liste nationaliste/autonomiste corse a reçu 56.46% des voix exprimées, soit environ 67000 voix.  C’est un plébiscite très large pour cette liste de rupture. Rupture avec la politique coloniale menée par l’état français depuis l’annexion de la corse en 1768, rupture avec le clanisme, rupture avec la classe politique  française. Les réactions, à droite comme à gauche, démontrent bien la rupture avec le modèle dominant.

L’humanité du 8 décembre a trouvé bon de rappeler le passé de gudard (groupe union défense, organisation fasciste française)  de certains fondateurs du FLNC , quel est donc l’intérêt de cela ? Par contre rien sur la répression que subit la jeunesse corse (que nous saluons chaleureusement), en effet, depuis un an la ghjuventù indipendentista a eu des dizaines d’arrestations sans aucune réaction politique des organisations politiques étatiques. Cela vient conforter notre analyse que dans l’État français la question des nations historiques est une des lignes de démarcation révolutionnaires, une rupture face à l’idéologie dominante et donc face à l’État bourgeois. 

Mais pourquoi donc cette élection se trouve du côté du camp de la révolution dans l'État français ? En Allemagne, dans la monarchie espagnole ou en encore au Royaume-Uni, une telle élection ne serait pas un événement que nous pourrions qualifier de révolutionnaire ; les forces corses étant majoritairement centristes et pour un statut d'autonomie dans l'État, ce qui est la norme dans ces États-là.

Mais alors pourquoi en particulier dans l’État français un tel événement se situe du côté de la révolution ?

Pour comprendre nous devons chercher dans sa construction étatique, dans son fonctionnement, dans ce qu’on appellerait chez un humain, son adn.

Ce qui inquiète l’État français ce n’est pas tant le risque d’indépendance, risque pour les moins lointains à l’heure actuelle, mais plutôt qu’un territoire puisse se développer de manière autonome, se dé-périphériser. Le vrai risque est un affaiblissement de l’État parisiano-bonapartiste au profit des périphéries qui le ferait entrer en crise économique et surtout idéologique.

C’est le délitement de l’idée républicaniste française, qui a comme attributs principaux :  la supériorité d’une classe (la bourgeoise française), d’un système (le capitalo-parlementarisme), d’une organisation territoriale (ultra centralisation parisienne), d’une prétendue supériorité culturelle (supériorité de la langue française, supériorités des valeurs avec la France des lumières etc). Avec la crise ses quatre attributs sont entrain de craquer de toute part.

Il faut comprendre que l’État français n’est pas un état-nation, il s’est en effet construit en annexant politiquement plusieurs nations dont l’occitane, et c’est donc pour cela qu’il met tant de vigueur à défendre son cadre. Une seule brèche dans la coque de ce vieux rafiot, comme par exemple l’officialisation de nos langues nationales, où des statuts différents selon les particularités locales signifieraient ainsi le début de sa fin. Toute la bourgeoisie le sait et certaines élites osent l’avouer comme Michel Rocard avec l’ambassadeur Etats-Uniens. C’est donc pour cela que face aux quelques demandes corses, sommes toutes très modérées, l’État répond NEIN !

De plus, avec la crise générale du capitalisme, l’État français pour maintenir son rang international mise tout sur le développement de Paris et de son « île de France » en détournant toujours plus l’argent des « provinces ». Le super projet du Grand Paris exress est une des fuites en avant du capitalisme monopolistique d’État pour maintenir son rang de puissance mondiale de second ordre et en premier face à l’Allemagne. Le récent « coup de gueule » de Delga contre la baisse des donations aux régions, déjà très faible, est un autre signe de l’effritement du bonapartisme dans l’État français. Cette décentralisation qui est demandé de plus en plus avec insistance par la bourgeoisie provinciale, mais la crise de l’impérialisme fait qu’il ne peut que se recentraliser en contradiction avec le mouvement de décentralisation impulsé par l’Europe.

Nous révolutionnaires occitans, nous devons nous servir de toutes ces contradictions. La construction historique de l’État français fait qu’il ne peut se survivre à l’aiguisement de ces contradictions. Il semble fort et monolithique mais est profondément traversé par des contradictions qui lui seront fatales.  Si face à ces contradictions provenant de sa naissance même, s'ajoutent celles apparues avec l'arrivée de l'immigration coloniale (contradictions elles aussi en lien avec l'idéologie républicaniste), alors nous comprenons que le futur sera nôtre.

Bien entendu, c'est dans ces périphéries que se trouvent nos nations dominées par l'impérialisme français. Ce n'est pas un hasard : l'État français s'est construit sur notre négation. Nous nous libérerons de même par sa négation.

Beaucoup de révolutionnaire se contentent de ne parler que de la lutte des classes sans étudier la construction historique de l'État. C'est pourtant dans l'histoire de sa construction et dans ses contradictions que résident les solutions à la révolution. C'est cette impossibilité à la rupture avec l'idéologie dominante qui a rendu idéologiquement si faible le mouvement révolutionnaire dans l'État français.

La Catalunya, et aujourd'hui la Corse ouvrent de grands espoirs pour nos luttes. Mais le premier de nos combats est idéologique : nous devons étudier l'idéologie dominante et tous ses ressorts. En premier lieu, critiquer l'occitanisme de ces 70 dernières années, occitanisme qui s'est mis à la remorque de cette idéologie et donc à bloquer la possibilité d'une force autonome.

Rompre, c'est affirmer le fait national occitan, affirmer nos droits nationaux, dont le droit à l'indépendance. Sans cela, nous nous retrouverons toujours les dindons de la farce comme récemment avec notre misérable poste en agrégation. Les Corses vont notamment porter la question de la langue officielle ; et nous ?


Le vieux cadre républicain, avec son État et sa culture en déliquescence, n'est plus depuis longtemps, pour les exploités, un cadre émancipateur ; et pour les nations dominées, il ne l'a jamais été