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Printemps rouge dans les facs occitanes ?

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Depuis plus d’un mois des milliers d’étudiants se mobilisent pour lutter contre la nouvelle loi « d’orientation et de réussite » (ou loi Vidal) qui va instaurer la sélection à l’université. À Tolosa, cette mobilisation est venue grossir celle qui s’opposait à la fusion des facs toulousaines. A Montpelhièr, la grogne monte après l'intervention d'une milice. Explications et état des lieux :


Cette loi est une totale régression démocratique, l'éducation étant considéré jusqu'ici à peu près comme un bien commun, destiné à tous et à toutes.
Evidemment, elle va permettre des économies pour l’État qui doit faire face à la constante augmentation des étudiantEs. Elle vise à transformer les universités publiques à peu près gratuites, en universités à l’anglo-saxonne, n’accueillant que la classe dominante.
Ils veulent mettre en place un système à l’allemande avec des sélections précoces, en imaginant que tout le monde sache ce qu’il veuille faire à 18 ans. Ça sera l’occasion de n’accepter que ceux qui « réussissent », mais nous savons très bien, et Bourdieu l’a démontré, que les classes se reproduisent entre elles. Il n'y a dans les facs hexagonales que 5% de filles et fils d’ouvrierEs et de paysanEs.
 La jeunesse bourgeoise ou petite bourgeoise réussira, en moyenne, bien plus ses études qu’un jeune issu du Miralh (le quartier, pas la fac). Le soutien scolaire à la maison, l’environnement culturel, l’encadrement familial, la facilité à l’accès à la culture font que dans un monde capitaliste il n’y a pas de justice, tout dépend d’où on est né. Sous la bonne ou la mauvaise étoile comme dirait Akhenaton, telle est la question. Quand on voit la couleur de nos jeunes etudiantEs, on voit qu’il y a déjà un déséquilibre entre la réalité socio-ethnique du pays : très peu d’indigènes à l’université du Miralh alors que c’est une majorité dans le quartier du même nom. Concrètement, ce sont les classes intermédiaires (la fameuse classe moyenne) qui vont sacrément trinquer dans cette loi (rappelons qu’il n’y a déjà que très peu de fils d’ouvriErs/paysanEs dans les universités) et en sachant qu’une grande partie des indigènes sont ouvriers, on saisit déjà que c’était ceux qui avaient le plus de nhac (gnaque écrit correctement en occitan) et de détermination qui étaient présentEs dans les facs.

Cette nouvelle loi rentre dans un long processus de privatisation, c’est-à-dire de soumission aux monopoles (les multinationales françaises), commencé il y a 25 ans. Les ressorts sont toujours les mêmes : les services publics ne sont pas efficaces, les étudiants sont des branleurs qui pensent qu’à faire la fête et qui finiront chômeurs, les trains sont toujours en retard, les cheminots ont des privilèges exorbitants, les profs sont des feignasses etc. Tout ça pour manipuler l’opinion et nous faire accepter des choses (c’est-à-dire la destruction de nos avancées civilisationnelles) qui vont à l’encontre de ce dont nous avons vraiment besoin. Nous percevons donc l’immense intérêt qu’ont les grands patrons à posséder tous les médias français.

Mais tout cela a comme origine principalement la crise structurelle de l’impérialisme. L’impérialisme français est sur la défensive, il lui faut regagner des parts de marché dans le monde et en Europe, face par exemple à l’Allemagne. Toutes les lois passées, dont la loi travail et bien d’autres, vise à remettre le capitalisme tricolore en décrochage sur les rails. Elles visent à faire des économies et à créer des « pôles d’excellences », c’est-à-dire une éducation à plusieurs vitesses, avec des élites liées aux monopoles et une éducation minimale pour les masses.

Comme toujours l’Occitània reste une terre de résistance !

Etat des lieux :

Aujourd’hui 9 facs sont en mouvement : Ais-Marselha, Albi, Bordèu, Clarmont d’Auvernhe, Limòtges, Montpelhièr ,Nissa, Pau, Tolosa.

Les étudiants sont mobilisés dans plusieurs facs d’Occitània depuis plusieurs mois. Des occupations ont lieu comme au Miralh à Tolosa depuis plus d’un mois.

Cette résistance se construit dans la répression avec des évacuations par la flicaille comme à Bordèu . A Montpelhièr, à la fac de droit, c'est une milice constituée de profs de droits, d’étudiants (et peut être de quelques fascistes) qui est intervenu.

Bordèu après s’être fait dégagée par les flics a voté le blocage illimité le 16/03/2018. La fac de la Victoire est toujours occupée.

Tolosa a reconduit le blocage ce lundi 26/03/2018 et elle lutte depuis plusieurs mois contre la fusion des facs toulousaines. Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a déclaré la fac « ingouvernable » et a annoncé sa mise sous tutelle, écartant de fait le président Daniel Lacroix et le Conseil d’administration ! Le nouveau président par intérim a même annoncé l’abandon du projet de fusion. Victoire des mobilisé-e-s. Le week-end du 25/03/18, le Mirail à accueilli la Coordination Nationale Étudiante où 38 universités étaient représentées.

Pau est en mouvement, des étudiants mobilisés qui tractaient ont été attaqué par des fachos, aujourd’hui à 9h40 (source solidaires étudiant-e-s Pau-Occitanie)

Limòtge a bloqué jeudi dernier pour la manifestation, mais le mouvement continue.

Clarmont est mobilisée. 26/03/2018 : Il y a eu un rassemblement organisé en soutien avec Montpelhièr.

Montpelhièr : le 23/03/2018: une milice armée de bâtons et composée de profs et de fachos de droit a attaqué violemment l’occupation d’un amphi en droit, depuis la fac de droit sciences po est fermée administrativement. Cette attaque fasciste a été soutenue par le doyen Petel qui a dû démissionner en suivant.
27/03/2018 :La fac de Paul Valéry à fait une AG de 2000 personnes ce matin  et a décidé d'occuper et de bloquer de manière illimitée.
28/03/2018 : Le Doyen Petel et un prof de droit sont en Garde à vue.

Nissa est mobilisée, 300 étudiants se sont rassemblés pour manifester contre la selection.

Albi est mobilisée.

Ais-Marselha est mobilisée.