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Dispac'h, le nouveau mouvement de la jeunesse bretonne révolutionnaire et indépendantiste

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Nòs-Novèlas OccitàniaS est allé à la rencontre du collectif de jeune indépendantiste tout récemment crée, Dispac'h (Révolution), qui s'est fait massivement connaître lors d'une campagne contre les résidences secondaires. Présentation.

Pourquoi est né Dispac’h ?

 

 Nous avons créé le collectif en mars dernier à partir du constat fait par certain et certaines d’entre nous qu’il est nécessaire d’organiser et de fédérer les jeunes indépendantistes révolutionnaires en Bretagne. Ce constat est le fruit de notre expérience dans divers secteurs de lutte (langue bretonne, syndicalisme étudiant, féminisme, réunification, luttes contre les projets de Notre Dame des landes et les projets miniers) ou la jeunesse est à la pointe mais notre présence en tant qu’indépendantiste de gauche invisibilisé par notre manque de structure nationale pour nous rassembler.
Notre travail internationaliste nous conduisant régulièrement à Bilbo et à Barcelona nous avons pus remarquer le dynamisme des organisations juvéniles de libération nationale catalanes, basques, corses, galiciennes, ou encore castillanes et leurs capacités à imprimer la question nationale et sociale dans l’agenda politique de la jeunesse de leurs pays.

Cela est nouveau dans notre pays puisque le secteur des jeunes du mouvement socialiste de libération nationale breton n’a jamais été organisé en tant que tel, à part la courte expérience des jeunesses progressistes de Bretagne en 1974 qui rejoigna une organisation juvénile française les JCMLF (Jeunesse Communiste Marxiste Léniniste de France) seulement un an après leur virage communiste et indépendantiste qui les avaient amenés à scissionner de l’UDB (Union Démocratique Bretonne, autonomiste et social-démocrate).

Il nous apparait comme fondamentale de porter l’indépendantisme au sein de la jeunesse puisque c’est nous l’avenir de notre pays, nous avons en cela un rôle historique dans la construction du pouvoir populaire dans la Bretagne de demain.

 

Quel est le but de votre collectif ?

 

 Le but de notre collectif est la construction d’un rapport de force entre le peuple travailleur breton et l’état bourgeois français permettant l’exercice de notre droit à l’autodétermination comme moyen d’arriver à notre libération. Celle ci ne sera vraiment effective qu’avec :

 

l’Indépendance : Notre libération ne peut passer que par la rupture totale de nos liens avec l’occupant et la constitution d’un pouvoir démocratique populaire basé sur les conseils communaux et les conseils de travailleur.euse.s. Pour être complète, cette indépendance doit passer par la sortie des structures transnationales bourgeoises (UE, OTAN, FMI, Banque Mondiale, OMC) et la constitution de structure économique, sociale, culturelle ou militaire socialiste ayant comme fondement l’égalité entre les peuples, le progrès social et le respect de la souveraineté nationale.

 

L’abolition du capitalisme : Notre libération en tant que peuple ne sera effective que lors de notre libération en tant que classe par la collectivisation des moyens de production. L’histoire à montrer qu’un peuple indépendant n’est réellement souverain qu’en rompant avec le système capitaliste. Par ailleurs nous sommes conscient des contradiction au sein de notre peuples et ses différentes classes. L’histoire du peuple breton nous a montré que la classe ouvrière et la paysannerie ont été les seules classes qui n’ont jamais trahis le combat pour la liberté, ont maintenue vivante et créatrice notre langue et notre culture nationale alors que la bourgeoisie et l’aristocratie n’ont eu de cesse de trahir et se franciser comme laquais du pouvoir colonial. Notre classe est donc la seule légitime à diriger la Bretagne de demain.

 

L’abolition de l’hétéropatriarcat : Nous rejetons toutes les discriminations et/ou comportements sexistes et LGBTQIA+phobes. Il ne peut y avoir de société libre si tout ceux et celles qui la compose ne sont pas libre, et vice versa : l’abolition de l’hétéropatriarcat étant la condition sine qua non de la construction d’un pays libre.

La défense de la terre : Nous luttons pour le respect et la préservation de l’environnement qui passera par un nouveau modèle agricole et industrielle non productiviste, la reconstitution du bocage, l’arrêt de la bétonnisation du littoral et de l’artificialisation des terres. Enfin la transition vers les énergies renouvelable pour construire et garantir notre indépendance énergétique.

La renaissance du mouvement national a été rythmé par de grande lutte pour la défense de la terre face aux capitalistes et aux forces d’occupations françaises. Je pense par exemple aux luttes victorieuses contre les centrales nucléaires de plogoff et du Carnet, contre les projets miniers, contre le projet d’aéroport de Notre-Dames-des-Landes. La gauche indépendantiste a toujours été moteur dans ces luttes populaires et en a parfois payé le prix fort, comme Yann-Kel Kernalegenn combattant du FLB-ARB (Front de Libération de la Bretagne - Armée Révolutionnaire Bretonne) tombé en martyr le 30 septembre 1976 lors d’une opération militaire à Ti-Voujeret contre la construction d’une caserne sur 200 hectares de terre agricole.

 

Internationalisme : Nos objectifs sont évidemment de renforcer nos liens avec nos peuples frères et particulièrement avec les nations celtes, à la fois pour internationaliser notre processus de libération, mais aussi de soutenir les travailleur.euse.s et les peuples en luttes pour leurs libération aux quatres coins du globe et d’accueillir les réfugiés.

 

Langue Bretonne : Actuellement en grand danger, la langue bretonne est notre langue nationale et nous militons pour une Bretagne brittophone dans les neuf pays de l’Ile d’ouessant jusqu’à la frontière française. Abandonné à partir du XIe siècles par les classes dirigeantes, Notre langue est enraciné dans la culture populaire et dans la vie du peuple. En cela elle constitue une arme révolutionnaire dans le renversement idéologique de la bourgeoisie et de l’impérialisme français

 

Réunification : L’unité administrative est bien évidemment un de nos objectifs à court terme puisque c’est à nous et non à qui que ce soit d’autre de déterminer la limite de nos frontières qui sont l’une des plus ancienne d’Europe. Nous luttons donc pour un référendum auto-organisé à l’échelle nationale sur les frontières des régions administratives.

 

Antifascisme : Nous luttons contre toutes les oppressions pour la libération totale des breton.ne.s. Les fascistes bretons et français étant historiquement le bras armée de la bourgeoisie et de l’état impérialiste français : la lutte antifasciste est une nécessité pour la défense et la libération de notre peuple.

 

Quels sont vos moyens d’action ?

 

 

Nos moyens d’actions sont d’un côté d’avancer nos idées dans les débats politique, économiques et sociales qui parcours la société bretonne par la production idéologique. D’un autre côté d’enraciner notre présence sur le terrain en utilisant la non-violence active et la désobéissance civile. Ces moyens d’actions passe évidemment par une présence dans les médias et sur les réseaux sociaux.

 

 

Quelle est la situation de la Bretagne au niveau économique, social et culturel ?

 

 Notre pays est relativement épargnée par la crise avec un taux de chomage plus bas que la moyenne étatique, Cependant la marche vers la métropolisation entraine une centralisation de la vie économique nationale autour de l’axe Rennes-Nantes avec ce que cela entraine pour les locaux (gentrification) et pour les régions qui en sont éloignées notamment le Centre-Bretagne (chômage de masse, disparition des services publics…).

La Bretagne se trouve aujourd’hui à un carrefour dans son économie puisque les différents secteurs de notre économie sont en crise. Main dans la main avec la bourgeoisie compradore bretonne, l’état français a limité l’industrialisation de la Bretagne à l’agro-alimentaire et à l’industrie touristique malgré quelques pôles industrielles à Nantes-Saint Nazaire, Rennes, Lorient et Brest. Le secteur agro-alimentaire dont dépend la majorité des breton.ne.s est confronté aux conséquences écologique (pollution de l’eau, érosion des sols …) et humaines (cadences infernales, précarisation, bas salaires…) alors que l’industrie touristique est de plus en plus contesté.
Les réponses de l’état à cette crise sont complètement à côté de la plaque avec des projets d’un autre age (aéroport de NDDL, Extraction de sable dans la baie de Lannion, Centrale à gaz de Landiviziau, projets miniers …). Les sociaux-démocrates autonomiste ne se montre pas non plus à la hauteur puisque leurs réponse à la crise du modèle productiviste dans l’agro-alimentaire dans la Haute-Cornouaille est encore plus de productivisme comme à Carhaix avec une usine de lait en poudre a capitaux chinois dont la production part en Chine.

Face à cela il est de notre responsabilité au sein de notre courant politique de porter une transition économique dans notre pays pour fonder un nouveau modèle économique durable et écologique aux mains des travailleur.euse.s et permettre notre indépendance économique et énergétique. A court terme, nos objectifs sont la lutte contre la fermeture des usines agro-alimentaires, la conquête de nouveaux droits pour les ouvrier.e.s et la diminution des cadences. Dans un même temps il s’agit de construire le modèle économique durable de demain pour permettre notre indépendance économique et energétique.
Si cela commence à se dessiner dans l’agriculture il n’est porté par aucune instance politique ou économique, le Conseil régionale de Bretagne administrative n’ayant ni volonté politique ni les compétences pour impulsé l’économie bretonne du futur et encore moins de la mettre entre les mains de la classe ouvrière et de la paysannerie.

 

Au niveau culturelle, il y a un extrême dynamisme de la culture populaire bretonne depuis les années 50 avec le phénomène des bagadoù : musique, danse, chants, costumes. Cela se traduit également dans le sport puisqu’outre les trois sports hégémonique (football, cyclisme et voile) on peut observer le dynamisme des sports traditionnels comme le Gouren (lutte bretonne), le Football gaélique, le palet sur planche de bois et la boule bretonne.

Malgré les freins considérable déployé par l’état et le rectorat particulièrement dans le pays nantais (dernier en date la suppression des contrats aidés) il y a également un dynamisme dans la langue bretonne avec l’ouverture de classe bilingue et immersive chaque année. Cela traduit une réelle demande sociale vis à vis de la langue bretonne. Cependant cet effort est limité puisque nous continuons de perdre des locuteurs à cause du faible nombre d’élèves scolarisés en filière bilingue ou immersive (8.4% en 2017), l’absence de médias nationaux en langue bretonne et l’absence de statut d’officialité. On peut également observé un phénomène qui est la dépendance aux subventions qui peut empêcher les associations de prendre des engagements politiques.

 

 

Sentez-vous une evolution sur le sentiment independantiste en bretagne ?

 

 Il y a évidemment une évolution importante du sentiment indépendantiste. Depuis la renaissance culturelle, politique et social du début du XIXe siècles. Ce sentiment deviens de plus en plus décomplexé avec la fin du sentiment de honte lié à l’identité et la langue bretonne. Cet éveil national ne se traduit pas encore dans les urnes, mais constitue aujourd’hui une option politique dans la population bretonne et particulièrement dans la jeunesse. Ainsi selon un sondage IFOP de 2013 pour le magazine Bretons : 18% des breton.ne.s sont pour l’indépendance, 30% chez les jeunes. Pour rappel la gauche indépendantistes avait présenté une liste « Bretagne en luttes » en Région administrative et avait participé à une liste d’unité nationale sur le pays nantais. Cela nous a permis d’évaluer notre électorat à 10.000 voix. Sans être exceptionnel, cela nous permet néanmoins de remarquer que nos idées ont un impact dans la société bretonne, même dans les périodes les plus difficile puisque les élections se sont tenus quelque semaine après les attentats de Paris et la fureur tricolore qui s’est déchainée.

 

 

Vous avez lancé une grande campagne contre les maisons secondaires, l’Occitanie subie elle aussi une violente offensive que pouvons apprendre de votre lutte ?

 

 

La première leçon est que la population est pleinement consciente des problèmes liés aux résidences secondaires et au tout tourisme et ce malgré le matraquage des professionnels de l’industrie touristique. Il est donc important de diriger la campagne vers les habitants à l’année, En leurs présentant des outils clairs face au fléau des résidences secondaires qu’il ne tient qu’a eux de mettre en place à court terme (statut de résident, plafonnement du nombre de résidence secondaires …) par la construction d’un rapport de force sur le terrain et dans les médias.

 

 

Avez-vous déjà prévue de nouvelles campagnes ?

 

 Plusieurs thèmes de campagne sont en court de discussion, notamment sur l’indépendance, l’officialité de la langue bretonne et la ruralité. Elles seront prévu dans les mois à venir puisque nous restons pris par l’actualité nationale et l’agenda de l’état français.

Dans l’actualité nationale nous sommes investi dans l’organisation de la grande manifestation pour l’unité nationale et le droit de décider le 29 septembre à Nantes.

Nous restons également en alerte contre les nouvelles attaques du gouvernement Macron contre le service publique, les droits des travailleur.euse.s et la jeunesse notamment avec la mobilisation pour la grève interprofessionelle du 9 octobre. Le gouvernement se prépare également à remettre le service militaire en place, si il reste encore flou la dessus nous restons vigilant contre toute tentative de rétablissement de la consciption en Bretagne. Nous avons tous en mémoire nos grands pères et nos arrières grands-pères, qui ont versés leurs sangs dans les guerres inter-impérialistes et les guerres coloniales de l’état français. Nous pensons particulièrement à la Grande Guerre que l’état français célèbre depuis 2014 où 240.000 conscrits bretons tombèrent sous l’ombre funeste du drapeau tricolore. Plus jamais ça. 

 

 

Comment pourrions-nous nous coordonner au niveau hexagonal entre nations dominées  face à l’impérialisme français?

 

 Une meilleur coordination entre nation opprimées renforcerais évidemment nos mouvements et permettrais d’avancer plus vite vers la libération, l’abolition du capitalisme et le démentellement des états impérialistes anglais, français et espagnol. En cela nous sommes très interessé à renforcer nos liens avec les autres organisations de libération nationale. Nous pourrions envisager par exemple de lancer des campagnes internationales communes sur des questions qui nous touche (le tout-tourisme, la libération des prisonniers politiques, l’officialisation de nos langues populaires …). Cependant nous pensons que le morcellement de nos peuples entre différent état (quatre états pour les catalan.e.s, deux pour les irlandais.es et les basques), impliquerait forcement de dépasser le cadre hexagonale (excluant par ailleurs les colonies européennes et ultra-marines françaises) et même étatique pour envisager une coordination entre les mouvements socialistes de libération nationale européen, voir plus large encore.

 

Avez vous un message pour la jeunesse occitane ?

 

Nous tenons à exprimer toute notre solidarité avec la jeunesse occitane et lui assurer tout notre soutien dans sa lutte pour sa libération nationale et sociale. Nous bénéficions d’un changement dans le paradigme capitaliste et impérialiste qui se fissure un peu partout que ce soit dans les luttes ouvrières et paysannes, les référendums d’indépendance qui se succèdent, et nos langues qui renaissent porté par la jeunesse avec fierté. Face à cette situation favorable, nous devons en tant que jeune indépendantiste entretenir cette étincelle pour enflammer toute la plaine. Les liens qui unie nos deux peuples sont anciens il nous appartient de les renforcer pour apprendre de nos luttes et avancer ensemble vers la conquête du

pouvoir.

 

Bevet Breizh ha Okitania dieub, sokialour ha benelour ! Visca Occitània e Bretanha libres, socialistas e feministas !

 

Anton BUREL pour le collectif des jeunes indépendantistes Dispac’h