Où vont passer nos écoles lotoises?

Published in Ruralitat

  Il y a des choix politiques qui ne trompent pas. La possible fermeture de 128 écoles dans le seul département du Lot (Carcin-Quercy) vient nous rappeler la vulnérabilité des populations vivant hors des métropoles. Le département du Lot, comme la plupart des départements de l’Occitanie historique, est une zone rurale avec de nombreux lieux enclavés, voire très enclavés. Des actions sont menées contre cette aberration. (ici)

 

 

Le Lot n’a que comme grosses infrastructures une autoroute et une ligne de chemin de fer qui coupent le territoire nord/sud et qui ont comme fonction de relier la métropole toulousaine à la France et principalement au bassin parisien. C’est ce que nous nommons une zone périphérique de l’Etat français. Toute l’idéologie française bâtie sur le presupposé que nous sommes tous des citoyen-nes égaux vient s’écraser sur la réalité de nos situations rurales. Pour les décideurs régionaux ou parisiens (principalement parisiens), ces zones sont des endroits ‘morts’, remplis de personnes âgées et de quelques derniers paysans et/ou des zones à développer pour accueillir les retraités de l’Europe du Nord. Des endroits où on peut imposer des projets sans se soucier de l’avis des populations, comme pour la LGV Bordèu-Tolosa.

 La toile de fond, c’est bien entendu la crise historique du capitalisme dans lequel nous sommes entrés depuis 2008. L’Etat surendetté doit couper ou réorganiser ses budgets et ce sont comme d’habitude les plus faibles qui trinquent. La République qui devrait être protectrice, car elle se proclame officiellement sociale, se comporte plutôt mal avec ses fils les plus fragiles.

Dans le Lot, pas moins de 128 écoles sont menacées de fermeture ! C’est un chiffre énormissime, un coup dans la vie du département. Tout le monde sait qu’une école maintient une vie locale, tout le monde sait que la jeunesse est l’avenir, tout le monde sait que le savoir élève les individus. Au-delà de l’immense violence matérielle, c’est une violence  psychologique très forte, on nous dit clairement qu’il n’y a pas d’avenir chez nous. Nous avons, par contre, le droit de partir et de venir grossir la métropole tentaculaire toulousaine ou pire aller se perdre dans  la capitale parisienne. Victor Hugo nous disait en son temps que quand on ferme une école on ouvre une prison. Il n’était pas loin du compte car il y a quelques années, Sauzet (dans le sud du lot) a failli acceuillir une prison. Mais ce n’est pas tout. La SNCF, elle, est en train de supprimer des arrêts de train dans les gares lotoises (ici pour accéder au collectif). Les postes et les gendarmeries ont fermé, les services publics sont quasiment inexistants, et puis pour trouver une piscine ou une bibliothèque il faut très souvent participer à l’agrandissement du trou de la couche d’ozone avec son véhicule.

Mais alors, à quoi sert un Etat qui ne sert plus à rien ? A quoi servent nos impôts ? A réparer les routes,  peut-être,  celles que nous empruntons pour aller faire un document de l’état civil à 50kms. Mais vu l’état de certaines routes, on peut se le demander.

Nous vous proposons quelques pistes pour répondre à ces questions. Il suffit de voir que 70% du budget national de la culture va à Paris, que les franciliens ont leurs transports moins chers grâce aux subventions de l’Etat, qu’il va financer en partie la future et totalement inutile LGV qui va venir détruire d’excellentes terres agricoles qui plus est. Nous pourrions multiplier par cent les exemples et nous arriverions aux mêmes conclusions : les zones rurales sont de trop en France. Alors effectivement, ils sont nombreux, surtout en période électorale, les politicards qui vantent la France des 36000 clochers, la vraie France, l’authentique, et une fois les pieds à l’Elysée, rien n’arrive. Ou si plutôt, des réformes territoriales imposées qui continuent à amoindrir les pouvoirs des maires de ces dites communes. De nouvelles régions qui vont encore accentuer la métropolisation etc. Et tout cela vient nourir un sentiment d’abandon qui groissit les scores de l’extrême droite.

Cette problèmatique entre dans une bien plus grande, qui est l’opposition séculaire entre la ville et la campagne et celle entre le centre et les périphéries, les deux étant liées. Aujourd’hui cette opposition est poussée à son paroxysme avec la crise et la métropolisation et l’organisation spatiale propre à l’histoire ultra centralisée française. Nous devons lutter contre la fermeture de nos écoles, de nos gares et de tous les services publics car cela va rendre nos vies encore plus difficiles et nos territoires vont encore plus se vider. Mais nous devons comprendre que ce phénomène ne peut être réglé que part des changements systémiques profonds. Notamment en redéveloppant la petite agriculture, en luttant pour que se développent des pôles de travail, en luttant pour un développement des transports publics de qualité et gratuits et en développant des alternatives à l’Etat. Pour la question des écoles, nous pensons bien sûr que les Calandretas, écoles associatives et immersives en occitan, peuvent venir combler les vides laissés par l’Etat. De plus, ces écoles, de part leur pédagogie alternative et leur profond ancrage dans le territoire via l’occitan, sont totalement à même de redynamiser nos territoires abandonnés par l’Etat. Elles sont relativement simples à ouvrir si la démarche est appuyée par le maire et la population.

Volém viure e trabalhar al país !