Au propre comme au figuré – Abstentionnisme et boycott des élections.

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Je n'ai jamais voté.

 

Je ne voterai pas aux européennes. Cependant la forme de ces élections m'a poussé à écrire ce billet d'opinion pour expliquer mes motivations en tant qu'abstentionniste revendiqué.

 

Je me souviens de l’élection de François Hollande. Je n'avais pas encore l'âge de voter mais j'aurais voté pour lui si j'avais eu le droit de vote, j'avais beaucoup d'espoir en Hollande : Enfin, le Sarkozy qui nous avait passé la réforme des retraites, qui avait vendu des permis d'extraction du gaz de schiste (mes deux premières luttes étant lycéen) était parti, enfin, la finance et les banques allaient trembler, c'était une première étape pour mettre fin au capitalisme.

 

Puis comme des millions de personnes, vint la déception. Certains avec suffisamment de bagage politique savaient déjà que le réformisme mou n'avait aucun avenir. Cette option politique est morte depuis la fin du siècle dernier, la social-démocratie est obsolète. De déception en déception, assistant à une fascisation rampante du régime, j'ai petit à petit pris la conviction que les élections ne servaient à rien, que les grands partis électoralistes ne cherchaient qu'à gagner des votes en jouant à qui est le plus populiste, qu'ils n'avaient aucune envie de servir le peuple, d'améliorer la vie de tous. Les militants de base y croient sûrement, mais ce sont les décisions de leur direction qui priment.

Je suis donc devenu abstentionniste, d'abord par rejet, puis par engagement.

 
 

Ce n'est pas parce que je n'ai jamais voté que je n'ai pas de convictions fortes, solides et claires. J'ai des attentes précises, des idées claires. Je ne crois tout simplement pas que les élections soient un moyen d'atteindre les objectifs qui sont a mon sens bénéfiques pour l'intérêt du peuple.

Je suis communiste révolutionnaire occitan, indépendantiste. Je suis pour une rupture avec l'État français et son capitalisme, pour l'indépendance d'Occitània. Paris, Bruxelles, ce sont des lointaines capitales d'Europe du Nord, étrangères à nos problématiques. Tout le pouvoir est là-bas et nous n'avons ici aucun pouvoir pour décider au pays. Mes convictions se sont formées et affinées progressivement au fil de mon parcours d'engagements et de luttes, de la réforme des retraites aux Gilets Jaunes, et en même temps ma compréhension de ce qu'est véritablement le système électoral actuel s'est affinée.

 

L'élection n'est ni plus ni moins qu'une farce, une mascarade. Ce n'est qu'un spectacle pour cacher une dictature, et ceux qui y participent, quelles que soient leurs intentions, ne sont que des pantins.

 

Si voter changeait quelque chose, ça serait illégal... Ne vote pas, lutte!

 

Je ne me base pas que sur mon ressenti personnel pour affirmer cela. L'Histoire nous offre des exemples, à plusieurs époques et dans plusieurs pays.

 

Dans nos pays occidentaux, les politiciens élus sur un discours « de gauche » on mené des politiques qui sont les mêmes que leurs comparses de droite. Dans l’État français, on peut penser à Hollande, qui à détruit nos acquis sociaux tout autant que son prédécesseur, et propulsé Macron aux niveaux les plus hauts de ce monde politicien, ou à Mitterrand qui à trahi le socialisme et le programme commun, beaucoup plus à gauche que le programme de Mélenchon mais jamais appliqué... et je ne doute pas un instant que si Mélenchon arrivait au pouvoir, il n'appliquerait pas son programme. Pareil dans d'autres pays : aux USA, les démocrates se sont positionnés contre Trump et son racisme contre les mexicains... en oubliant qu'il existe déjà un mur entre les USA et le Mexique, que des milliers de migrants sont morts (moins de 200 personnes sont mortes en essayant de passer le mur de Berlin à titre de comparaison) en essayant de passer ce rempart... un rempart construit par le président démocrate Bill Clinton et militarisé sans interruption jusqu'à aujourd'hui, que le président soit républicain ou démocrate ! On pourrait parler encore de Tony Blair ou bien d'autres encore, le verdict reste le même : la « gauche » gouvernementale ne tient pas ses promesses et fait la même chose que la droite. La différence ? La « gauche » gouvernementale est hypocrite sur ces actions là où la droite les revendique : la « gauche » gouvernementale est une droite qui ne s'assume pas.

 

On peut également noter que sur le plan de l'impérialisme, la « gauche » gouvernementale n'a rien a envier a la droite. L'équivalent français de Bush le va-t'en guerre, c'est Hollande, « président normal », « flamby » mais en réalité président de guerre, au Mali, en Syrie ou en Centrafrique. L'ancêtre du PS, la SFIO, a cherché à maintenir l'empire colonial français, en Algérie, au Vietnam, a Madagascar... La terrible répression qui s'est abattue sur Kanaky s'est déroulée sous Mitterrand. La différence avec la droite dure c'est encore l'hypocrisie, celle des « frappes chirurgicales », des « opérations humanitaires », des « droits de l'homme », comme si changer les termes rendaient la guerre et l'impérialisme moins horribles pour les populations qui les subissent de plein fouet !

 

On va me rétorquer 1936, me dire que la « gauche » gouvernementale a alors passé de nombreuses réformes dans l'intérêt des travailleurs. Ceux qui utilisent cet argument ignorent complètement l'Histoire réelle, celle des masses, de la lutte des classes. 1936, c'est la grève générale, les usines occupées, l'organisation des ouvriers et l'économie paralysée. C'est à l'issue d'une lutte efficace que des négociations ont été menées pour reprendre le travail. Les conquêtes de 1936 sont des choses positives et on ne peut pas s'y opposer sur le principe, cependant d'obtenir des revendications n'a jamais été l'objectif d'une grève générale, c'est à la base une stratégie syndicaliste révolutionnaire pour que les travailleurs prennent le pouvoir et renversent le capitalisme, négocier et faire reprendre le travail, ce qu'on fait les directions, c'est trahir la révolution.

Certains s'en contenteront et diront : mais en 1936, avoir un gouvernement de gauche à permis de faire passer les revendications plus facilement !... en 1968, de nombreuses revendications sont passées, et le gouvernement était de droite, une quasi dictature gaulliste.

 

Un autre épisode révolutionnaire trahi, c'est le programme du CNR. Les conquêtes issues de ce programme sont certes de grandes avancées pour les masses, mais on ne doit pas oublier qu'en 1944 les partisans en majorité communistes et non pas les armées alliées avaient libéré le pays des nazis, et les grandes concessions obtenues l'ont été parce que le Parti Communiste les avait obtenues en échange du dépôt des armes, plutôt que de se servir de la situation pour prendre le pouvoir comme les communistes yougoslaves, albanais et chinois l'ont fait après la guerre.

 

Que nous montre l'Histoire ?

 

Les élections sont un piège à cons et ne sont pas l'origine des changements dans la vie des masses.

Nos acquis sociaux sont le résultat de l'organisation, de l'action voire de l'armement des masses, pas des élections. Ce sont des CONQUÊTES.

Les pertes de nos acquis ces 20 dernières années sont le résultat d'un manque d'organisation ou d'action, d'une combativité générale moindre.

En d'autres termes, l'élection est une farce, elle ne change rien, seul le peuple organisé peut changer les choses pour le mieux, faire la révolution.

 

J'ai démontré non seulement que l'élection ne sert à rien, mais ça ne s'arrête pas là. Les élections servent aussi à légitimer le système. Tous ceux qui luttent, tous les Gilets Jaunes, les black blocks, etc, savent que le système actuel n'est qu'une dictature, comme le disait Rosa Luxembourg on ne remarque ses chaînes que lorsque l'on commence a bouger. Quand le peuple se lève, marche et crie on ne l'écoute pas, on lui envoie les CRS et les bacqueux. Le vrai pouvoir est détenu par les monopoles bancaires et industriels qui détiennent les médias et contrôlent la majorité de l'information, qui font et défont les personnalités politiques, dont les intérêts sont la véritable cause des guerres et de l'impérialisme (pillage des ressources, exploitation d'une main d’œuvre bon marché), ils contrôlent l'économie et donc ont le vrai pouvoir, l’État sert leurs intérêts et est conçu pour ça dans sa forme actuelle, quel que soient les intentions du politicien élu, il n'a aucun contrôle sur ces choses là et ne pourra pas appliquer son programme si il va à l'encontre de la dynamique actuelle, qu'il le veuille ou non. Les élections ne servent qu'à légitimer cette dictature, en faisant croire qu'on peut tout changer en votant pour le bon candidat alors qu'il n'en est rien. Qui peut se plaindre dans la rue alors qu'il peut simplement voter pour un candidat qui lui correspond ou se présenter lui même ? Pas besoin d'aller gueuler un slogan anticapitaliste alors que vous pouvez juste voter Poutou aux présidentielles (et si Poutou n'est pas président, c'est parce qu'il n'est pas sérieux et que le peuple ne le soutient pas, tout comme les Gilets Jaunes dont la mobilisation et le soutien parmi la population baissent tellement qu'il auraient dû atteindre une valeur négative depuis 6 mois... Rien à voir avec une quelconque forme de matraquage médiatique ou je ne sais quoi, espèce de complotiste !)

 

En analyse finale, la farce électorale n'est pas différente de la farce qu'est la liberté de marché, celle-ci justifiant le système par la liberté de choix : « si vous n'aimez pas les produits industriels achetez bio, si vous êtes choqués par l'exploitation animale mangez végane, si vous êtes contre l'exploitation du tiers-monde achetez commerce équitable, etc » sauf qu'au final le consommateur n'a pas de garantie que le produit corresponde bien à ce qu'il promet, et consommer « éthique » ne résout de toute manière aucun problème vu que le reste de la chaîne de production continuera a fonctionner dans le pur mépris de toute dignité du vivant et de ce qu'en pensent les masses. Mais au moins vous aurez « fait votre part » tel le colibri de la fable. Et vu que vous avez pu faire votre part, « voté avec votre argent » et que chacun choisit ce qu'il consomme, tout le reste de l'offre est légitimé par le marché, car après tout si les gens achètent les produits bon marché c'est bien qu'ils sont supérieurs, sinon ils se tourneraient vers le bio/équitable/etc, rien à voir avec les fins de mois difficiles ou le matraquage publicitaire, allez on passe à la caisse et on espère pas avoir trop de découvert.

 

C'est la même soupe de l'idéologie libérale, d'illusion de liberté de choix, servie a une autre enseigne. Aucune surprise étant donné qu'il s'agit du même système capitaliste.

 

Une parenthèse sur l'idée de changement social par un changement de masse des habitudes de consommation : ce n'est ni plus ni moins qu'une corruption libérale de l'idée de la grève générale, mais plus compliquée, moins efficace et demandant à l'individu plus d'effort (en demandant une consommation réfléchie là où la grève générale est avant tout l'arrêt du travail). Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas essayer d'améliorer le contenu de son assiette, loin de là, mais que ceux qui le font en pensant faire du monde un endroit meilleur et prônent ce « mode d'action » ne sont à la fois que le produit de la décomposition de la gauche de combat ces 30 dernières années, et des hypocrites qui à leur manière participent à la légitimation du système.

 
 

Enfin, j'aimerais dire quelques mots à propos des élections européennes, stade le plus avancé de la mascarade électorale. On nous invite à élire un parlement qui n'a absolument aucun pouvoir. Là où les élus à l'échelle de l’État français ont théoriquement un pouvoir, à l'échelle de l'UE le parlement n'a aucun pouvoir car la commission européenne qui elle n'est pas élue démocratiquement a toujours le dernier mot (sur le glyphosate par exemple). C'est la mascarade la plus visible, la plus grossière et les masses ne sont pas dupes, c'est à ces élections là que le taux d'abstention est le plus élevé.

Cette année 2019, la farce électorale à atteint un tel niveau que l'expression au sens figuré s'applique maintenant au sens propre. L'élection n'est qu'un spectacle comme montré plus haut, mais on arrive là au clownesque le plus grossier, avec ses 33 listes. J'ai dit plus haut que l'élection était un concours pour savoir qui est le plus populiste, certaines listes semblent avoir décidé d'en faire un concours du plus ridicule.

Le spectacle est de plus en plus grossier, et l'illusion se dissipe. Les présidentielles de 2017, où les deux partis « traditionnels » de l'alternance ont étés éliminés, étaient déjà un signe du début de la fin de ce spectacle.

 

L’abstentionnisme est en pleine croissance. Nous sommes diabolisés, accusés de tous les maux par les électoralistes de tous bords, sincères ou non. Nous sommes la cause de la victoire d'un candidat x ou y, cela dépend du bord politique de la personne opposée a l’abstentionnisme, nous faisons le jeu soit de l'extrême droite soit de Macron, à se demander si nous ne faisons pas le jeu de tous les candidats et donc d'aucun...

 

Rejoignez vous aussi le premier parti de l'Hexagone, l'abstention de plus en plus consciente, et qui doit se structurer autour d'un mouvement de boycott !

 
 

Sur le sujet, une chanson de 1889 toujours d'actualité :

François Brunel — Faut plus d’gouvernement

 

Y’a pas à s’y méprendre
Qu’ils soient rouges, bleus ou blancs
Il vaudrait mieux les pendre
Que d’leur foutre vingt-cinq francs

Tu leur paies des ripailles
Toi, peuple souverain
Et lorsque tu travailles
À peine as-tu du pain
Ne sois donc plus si bête
Au lieu d’aller voter
Casse-leur la margoulette
Et tu pourras chanter