"Sent Miquèu : symbole de la gentrification à Bordèu"

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 Début mai, des heurts particulièrement violents entre bandes sur la place Sent-Miquèu à Bordèu ont localement beaucoup fait parler d'eux. Ils ont notamment permis au journal local, Sud-Ouest ( ici l'article ), de sortir un article anxiogène au possible et de décrire le quartier comme une zone de guerre. En effet, il serait encore « marqué des stigmates des combats » pour reprendre l'article en question. Etrange pour un quartier parmi les plus dynamiques de Bordèu, subissant

la gentrification et l'embourgeoisement en phase terminale. Outre la dimension d'extrême urgence que décrit le quotidien, de bien mystérieux témoins mettent en cause une bande d'Algériens contre une bande d'Albanais. Dans toute son éthique journalistique, sans le moindre fondement, Sud-Ouest se permet donc de mettre en cause deux nationalités, tout en précisant discrètement qu'il s'agit « d'éléments pour le moment difficile à vérifier. » Cet article, essayant de faire de Sent-Miquèu une zone de non-droit, met en réalité en exergue le conflit de classes qui agite le quartier. Le paradoxe est simple, le journal aborde l'insécurité. Rester quelques heure sur la place vous suffira pour constater l'omniprésence policière, avec des voitures qui patrouillent en permanence (d'où l'arrivée rapide de la police au moment de la rixe). En effet, le trafic de drogues est installé dans le quartier depuis des années et des années, bien avant que Bordèu ne devienne ce qu'elle est aujourd'hui.

Cela nous permet d'aborder les changements connus par Bordèu. Sent-Miquèu est traditionnellement un quartier populaire et multiculturel. Depuis plusieurs années cependant (correspondant à la concrétisation du projet de LGV qui place la ville à 2h de Paris), Bordèu est dénaturée par une arrivée de population massive. Beaucoup de Parisiens, plus fortunés que les Bordelais (le coût de la vie étant plus élevé à Paris qu'à Bordèu, leur déménagement leur donne un avantage en pouvoir d'achat sur les locaux), sont venus acheter des logements. Avec la complicité des riches propriétaires, la bourgeoisie parisienne (il est bien question de la bourgeoisie, hors de question ici de diviser la classe populaire en rejetant la faute sur les éventuelles classes populaires parisiennes arrivant à Bordèu sans être plus avantagées que les locaux) s'est accaparée suffisamment de logements pour créer une crise jamais vue dans les prix des loyers et la disponibilité des logements dans la ville. Chaque quartier a subi de plein fouet l'embourgeoisement et la gentrification. SentMiquèu également. Le problème étant, comme nous l'avons souligné auparavant, que le quartier est historiquement populaire et multiculturel. S'y sont retrouvés notamment nombre de réfugiés de la Guerre Civile Espagnole entre 1936 et 1939. Cette tradition a fait que le quartier ne s'est donc pas laissé faire face à la menace de la gentrification. Bien que celle-ci s'impose peu à peu, Sent-Miquèu est devenu un symbole de lutte fort, symbole que les pouvoirs publics cherchent à abattre, en criminalisant toujours plus la population locale.

La force considérable des Gilets Jaunes à Bordèu témoigne des réels problèmes de la ville. Ils témoignent de la scission entre deux populations : les classes populaires et les classes aisées. Les classes populaires, multiculturelles, sont marginalisées, criminalisées comme ici par Sud-Ouest, ne sont pas écoutées. Les classes aisées dominent les logements, les prix. Les commerçants du quartier souffrent évidemment de cette scission qui mène à ce climat de tensions. Les réels problèmes ce ne sont pas les Algériens, les Albanais, les classes populaires, les réels problèmes ce sont la misère sociale qui est imposée aux Bordelais, et dont la drogue est un reflet, l'abandon des classes populaires, contraintes de s'exiler hors de la ville. (comme le faisait remarquer Poutou sur Twitter : Sud-Ouest a été prompt à rire d'une pub Ford, moins à soutenir le millier d'ouvriers menacés de licenciement à Blanquefort, étrange comportement pour un journal qui se prétend attaché à la région)

L'unique solution est une administration locale, démocratique, proche de la population et non pas soumise aux intérêts jacobins de Paris et de la bourgeoisie. Cette solution elle se trouve dans une Occitània indépendante et fédérale, dans laquelle notre ville gasconne pourra assurer une administration plus équitable et plus juste.