Covid-19 : nouvelle illustration de la fracture sociale

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Depuis des années délaissé, le personnel médical est aujourd'hui applaudi aux fenêtres, porté aux nues par les mêmes politiciens qui, depuis 2003 ont supprimé plus de 60 000 lits dans l'hôpital public. Il convient de leur apporter tout notre soutien en ces temps particulièrement difficiles. Faire plus avec moins, ce n'est jamais simple.

Alors que plusieurs médecins et infirmières ont déjà perdu la vie ces dernières semaines, les blouses blanches continuent, comme ils l'ont toujours fait, de protéger la santé de chacun. Les paradoxes du système actuel font que, si les stocks de LBD et de gaz lacrymogène sont pleins et garantis pour les prochaines années, les stocks de gants, de masques, de gels hydro-alcooliques nécessaires à la protection correcte du personnel soignant sont épuisés. Ils se retrouvent ainsi en première ligne, en sous-effectif, et sous-équipés, nous les assurons donc évidemment de tout notre soutien et ne pouvons qu'insister sur leur message :

« restez chez vous, pensez à la communauté, pensez aux autres, restez chez vous. »

Nous n'oublions pas non plus les agriculteurs, les caissiers, les routiers, les ouvriers qui continuent de faire tourner les usines, tous ceux et toutes celles qui continuent de risquer leurs vies pour servir la communauté. C'est là l'une des premières leçons à retenir de cette crise sanitaire : quand les classes populaires se mobilisent pour défendre l'intérêt commun, les classes aisées fuient dans leurs résidences secondaires faisant fi des consignes de sécurité données par les médecins, ne pensant qu'à leur propre petit confort.

 

En effet, d'une part, les professions mobilisées : les infirmières et les infirmiers, les aides-soignants dans les EHPAD, les caissières et les caissiers, les agriculteurs, les ouvriers, toutes ces professions des classes populaires, sont le pilier qui permet à la vie de continuer tant bien que mal. Ces professions seront également les premières décimées par le virus. Emmanuel Macron a parlé d'une guerre. Comme en 14-18, les premières lignes, les premiers envoyés « au front » ce sont les classes populaires, sans protection, sans moyen, méprisées par les gouvernants et exposant toute la population au risque de contamination. Les personnes vulnérables, fragiles, nos aînés seront sacrifiés pour préserver l'économie. Dominique Da Silva, député LREM, l'a bien illustré lors de son dérapage sur BFM, dans lequel il avançait l'hypothèse d'un Coronavirus qui ne toucherait que les plus de 70 ans pour justifier la très contestée réforme des retraites. Ironiser sur la vie des gens, se porter au chevet de la bourse avant d'essayer de préserver la population, voilà une illustration claire de la politique sociale des libéraux.

Les (nombreux) mouvements de solidarité envers les personnes exposées sont là aussi éloquents. D'une part les associations comme les Restos du Cœur ou le Secours Populaire multiplient les initiatives pour permettre aux personnes dépendantes ou fragiles de se préserver. Les associations comblent là les lacunes d'un Etat qui délaisse sa population depuis des décennies. Nous rappelons que ces associations cherchent massivement des bénévoles tant la demande est forte. Autre mouvement qui s'illustre particulièrement dans cette crise, populaire par essence : le mouvement ultra. En effet, de nombreuses initiatives des Ultras de Bordèu, de Tolosa, de Nissa, mais également de Graz (Autriche), de Palerme (Italie) et de partout en Europe apportent leur soutien au personnel hospitalier. De banderoles aux cagnottes en passant par la livraison de nourriture, tout soutien est bon à prendre, et là encore il est issu des mouvements populaires.

Dans les campagnes comme dans les quartiers populaires, les plus jeunes prennent soin de leurs aînés en minimisant les risques, certains se proposant de faire les courses d’autres assurant le soin aux animaux d’élevage dans les fermes. En parallèles, certains secteurs professionnels s’échinent à remettre leurs ouvriers au travail comme dans le bâtiment, leur offrant le « choix » de risquer leur vie ou de rester chez eux et de risquer de ne pas pouvoir finir le mois. Car le libéralisme c’est aussi ça : laisser des choix, oui, mais des choix vicieux et restreints. Alors, l’expression « peste ou choléra » n’a jamais été aussi bien illustrée durant ce moment historique où une fois de plus le capitalisme démontre sa grande fragilité, son incapacité à gérer efficacement cette crise sanitaire et sociale et la profondeur abyssale de ses inégalités.

D'autre part, les classes aisées ne s'illustrent pas par leur solidarité dans cette crise. Alors que l'épidémie a commencé dans les régions du Nord en Italie, beaucoup d'Italiens ont refusé de passer la quarantaine dans leurs appartements de Milan ou Turin et sont partis dans le Sud, amenant avec eux le virus, avec les conséquences dramatiques que l'on connaît aujourd'hui. L'Etat Français et ses 10 jours de retard est entrain de reproduire la même erreur. En cette période difficile, il n'est pas question de polémiquer mais de constater. L'épicentre de la contamination en France c'est le nord-est et la région parisienne. A partir du moment où le confinement a été décrété, de nombreux Parisiens (17%, soit plus d'1 million), des classes aisées, possédant des résidences secondaires, ont fui Paris pour trouver refuge dans ces résidences et vivre une quarantaine plus confortable. Ce comportement particulièrement égoïste et irresponsable a provoqué la colère de nombreux habitants. De nombreux articles se font l'écho de cette colère légitime à l'égard de cette minorité dominante de la population qui n'a d'intérêt que pour son propre confort. Le journal Le Progrès rapporte dans un article du 20 mars dernier que des cas importés de Paris ont déjà été décelés à La Rochelle, Europe 1 rappelle également que plusieurs territoires concernés sont des déserts médicaux qui, au même titre que le sud de l'Italie, ne sont pas en mesure de faire face à une épidémie de coronavirus. Si certains s'émeuvent de pneus crevés en Bretagne, il serait bon de se préoccuper du véritable problème que représente la déconnexion des riches Parisiens vis-à-vis du territoire de l'Etat français. Aujourd'hui, cette déconnexion coûtera des vies inutilement gâchées pour le plaisir de quelques égoïstes.

Certains patrons sont également à mettre en cause. Diverses pratiques en témoignent : certains patrons, ayant envoyé leurs salariés en télétravail, ont pourtant déclaré un chômage partiel. Les salariés seront moins payés, l'argent public dépensé alors qu'il n'aurait pas dû l'être, mais le patron parviendra à conserver une certaine marge de profits. A Bordèu, le centre d'appels Armatis a menacé ses salariés d'une retenue sur salaire en cas de droit de retrait, ce alors même que le centre comptait un cas avéré et plusieurs suspicions. L'inconscience du patronat est vivement soutenue par le gouvernement qui, pour ne pas se mettre à dos le MEDEF, est revenu dans sa loi d'urgence sanitaire sur les droits élémentaires des travailleurs. Tout est bon pour sauver un système en faillite.

On a même pu entendre sur France Inter un proche de François Fillon défendre bec et ongles le programme atomiseur de service public de l’ex-candidat à la présidentielle et, tout en saluant le travail du système de santé, cet énergumène assurait que les réformes libérales devaient se faire et qu’ajouter de l’argent dans le service public ne le rendrait pas plus efficace !

 

Devant une rupture sociale si nette entre celles et ceux qui luttent et celles et ceux qui fuient dans leur propre intérêt, quitte à sacrifier des vies, cette crise met en lumière tout ce qui ne va pas dans le système actuel et permet seulement, sans tomber dans un romantisme écologiste, à notre atmosphère planétaire de réduire son taux de pollution et à mère nature de souffler un peu. Que la pandémie se termine dans un mois ou plus, l'important sera de se souvenir de ce qui s'est passé, de se souvenir des irresponsables et des dangers publics, de se souvenir du sacrifice des uns pour l'intérêt commun.