Les Montfort : bourreaux des Occitans.

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Le terrible nom de Simon IV de Montfort est déjà bien connu chez les Occitans. Suite à la résistance occitane face au pape Innocent III et à son rêve d'éradication des Cathares, Simon IV de Montfort mène la seule croisade exclusivement sur le sol européen et contre une population européenne et cause l'une des plus grandes tueries de masse du continent. Il est tué en 1218 par une pierre lancée par les résistantes de Tolosa. 

Mais il ne sera ici pas question de ce Montfort-ci, mais d'un autre, plus anonyme et pourtant tout aussi cruel pour les populations locales : le fils du génocidaire : Simon V de Montfort. Fidèle de Henri III d'Angleterre, ce dernier l'envoie comme sénéchal afin de rétablir l'ordre dans une Gasconha agitée par de nombreux soulèvements dès 1248.

Bien souvent décrit avec complaisance chez les Historiens français, il finira par se rebeller contre Henri III et prendra la tête de la révolte des Barons, il perdra la vie à la bataille en 1265. Cette image de rebelle face au roi d'Angleterre lui permet d'obtenir la bonne grâce des Français. Mais en Gasconha son souvenir est bien différent. Durant ses années de présence, il se fait connaître dans la région pour sa cruauté. Il « pacifie » la région en poussant à l'exil ou en exécutant avec cruauté toute personne qui se montrerait trop opposée à sa vision.

Comme nous pouvons le lire dans la très complète Histoire des maires de Bordeaux, en 1249, alors qu'éclate une querelle politique entre deux familles de la ville, les Colom et les Soler, une révolte contre le maire, allié des Soler, embrase Bordeaux. Simon de Montfort prend fait et cause pour les Colom et et chasse les Soler au nom du roi d'Angleterre. Les alliés de la famille sont emprisonnés, leurs propriétés détruites et les Colom se mettent au service de Montfort. Pour reprendre l'ouvrage précédemment cité, « la paix qu'apporte [Simon de Montfort], cet homme violent et brutal à Bordeaux est pire que les émeutes ». Les troupes de Montfort et des Colom se livrent à des pillages et des raids sur les villages alentours. Montfort impose militairement sa voix à la mairie. Les jurats sont impuissants.

Après avoir été banni, Gailhard del Soler prend la tête de troupes insurgées. Face à cette révolte Simon V de Montfort intensifie ses pillages, détruit toutes les propriétés des populations qu'il juge trop favorables aux Soler et fait couler le sang jusque dans les églises de Bordèu. La révolte des gascons autour de Soler s'intensifie à son tour et des combats éclatent. L'archevêque de Bordeaux lui-même va jusqu'à aller en Angleterre demander l'intervention de Henri III pour arrêter Simon V de Montfort. Henri III envoie à Bordeaux son fils Edward, qui arrive en Gascogne en 1252. Il ne peut que constater l'état insurrectionnel qui y règne.

                                                                                                                                     Henri III.

La situation continue d'empirer jusqu'en 1254, les insurgés gagnent de plus en plus de terrain. Devant l'intérêt de plus en plus grand du roi de Castille sur la Gascogne, Henri III finit par venir lui-même à Bordeaux et destitue Simon de Montfort qui se ralliera aux Français avant de retourner en Angleterre pour y mener sa révolte. Cela ne suffit pas à calmer la révolte et Henri III fait débarquer ses chevaliers pour combattre les insurgés, il ravage les vignes, les châteaux, tout ce qui se rapporte aux révoltés est attaqué. Pour acheter la paix sociale et éviter un nouvel embrasement, Henri III laisse une somme conséquente au duché d'Aquitaine avant de rentrer en Angleterre. La paix en Gascogne ne durera pas et les méfaits de Montfort, des Anglais et des Français renforcera l'esprit rebelle qui caractérisera la région pendant des siècles.

Des Cathares aux insurgés gascons, la famille de Montfort se sera illustrée dans les pillages, les massacres et l'esprit haineux de conquête des pays occitans.